RENAISSANCE 51 par Juliette

-Toucher le fond-

Résumé : Ne craignez rien, la situation va se redresser…En attendant, voici une suite courte pour repartir l’histoire. Il fallait bien que les plans de Richard se réalisent...

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« C’est étrange…

Je ne vois plus rien, je n’entend plus rien. C’est comme si j’étais prisonnière... Prisonnière de moi-même. Je regarde partout, et je ne vois que des frontières. Le noir complet, un noir si épais que je ne peux pas le traverser. Je ne contrôle plus mon corps, il voit, il entend peut-être, lui. Mais ce n’est pas moi. M’entendez-vous ? Ce n’est pas moi ! Et j’ai si peur, peur, toute seule dans le noir… Les murs sont mes ennemis, les ombres, mes cauchemars. Des images remontent dans ma tête tout le temps… faites-les sortir…

Ça y est, je me souviens… un peu. À peine. Je sais que je me suis endormie sur le bitume, cette nuit-là où ma vie, qui commençait à peine à s’arranger, a chaviré. Je me suis vidée de toutes mes larmes et de toute mon énergie. On m’a ramassé, on m’a emmené. Je ne sais plus où… tout est confus dans ma tête… tout se mélange…

Quelqu’un a dit que je ne pouvais plus m’occuper de moi-même. Depuis ce temps, j’habite dans une autre maison… Pas loin de la mienne. La maison voisine. Les gens qui y habitent me font peur : je ne les reconnais pas. Ils ne cessent de murmurer dans la nuit… Je les entends, derrière la porte, parler d’une petite fille… Je crois que son nom est Isabelle. Est-elle aussi prisonnière des inconnus ? Peut-être qu’elle pourrait m’aider à m’en sortir…

Parfois, il m’arrive de vouloir partir. Je me lève et fait le tour de la pièce où je suis prisonnière. Je tourne en rond, je cours, je frappe dans les murs. Ils se vengent en restant de glace devant moi. Alors je me ramasse en boule et je ferme les yeux. Jamais je ne pourrai sortir. Jamais.

Est-ce que c’est ça, la mort ? »

 

Dossier de Valery Jones,

Classée : inoffensive

Sous les soins de la famille.

Médecin en charge : Lucas Quine

Suivi effectué par : Buffy Summers, psychologue

 

Le générique défile…

 

Deux mois ont passé. Deux longs mois durant lesquels Valery a lentement sombré dans la folie la plus totale. Doucement, elle a commencé à changer. Ce que ses amis prenaient pour une légère paranoïa, considérée comme normale après le traumatisme qu’elle avait subi, s’est lentement transformé en psychose. Le moindre contact physique la faisait frémir de peur et de dégoût. Elle refusait fermement de prendre sa fille dans ses bras. La tueuse allait même jusqu’à s’enfermer elle-même dans les placards, terrorisée par le fait que l’on pourrait l’approcher, la toucher.

Une fois, elle s’était sauvée de la maison. Tout le monde l’avait cherchée pendant des jours, sans succès. On commençait à se faire à l’idée qu’elle était partie pour de bon. Quelques heures plus tard, Chris était allé chercher une pelle, dans le cabanon. Elle était là depuis trois jours, entre un vélo et le nettoyeur à piscine, tremblante et presque morte de faim.

Angel avait décidé d’intervenir. Avant tout, il s’était arrangé avec Lucas pour avoir tous les papiers nécessaires lui permettant de prendre la jeune femme à sa charge. Il devait la reprendre chez lui pour assurer sa sécurité, mais jamais Valery ne l’accepterait. Malheureusement, pour y arriver, elle avait dû être déclarée « atteinte d’un déséquilibre mental ». Son état était bien plus grave, mais le médecin avait bien voulu la déclarer inoffensive. Ensuite, et à son grand regret, Angel avait demandé la garde légale d’Isabelle. Tout s’était bien passé.

 

Depuis, rien n’a changé. On a aménagé pour Valery une pièce à l’étage. Une chambre avec une fenêtre. Angel était contre l’idée d’y mettre des barreaux, mais il a dû s’y résoudre. Un grand lit est installé en plein centre, mais la jeune femme refuse de s’y installer. Elle en a tiré la couverture dans un coin et s’y réfugie, ne le quittant que lorsqu’elle ne peut faire autrement. Et le temps passe…

 

Quelqu’un frappe à la porte. Valery n’y fait pas attention. Elle est dans son coin et chantonne doucement une berceuse en se balançant d’avant en arrière, inconsciente du monde qui l’entoure. Dans son esprit embrumé, elle entend un soupir. Puis des pas, se rapprochant lentement. Enfin, un corps vient se poser à côté du sien. Valery ne lève pas les yeux pour voir qui c’est. Elle les fixe sur ses genoux et se balance un peu plus vite. Cette présence la perturbe.

Spike : Salut.

Valery ne répond pas. Pourtant, elle le reconnaît. Il vient la voir presque tous les jours. Il n’est pas méchant. Sa voix est même douce, parfois. Pourtant, un drôle de sentiment de répulsion la prend à chaque fois qu’il l’approche. La tueuse se sent menacée et, comme elle ne comprend pas pourquoi, elle se sent encore plus menacée.

Spike : Je suis désolé, je n’ai pas pu venir plus tôt cette semaine. Mais je ne t’ai pas manqué, hein ? (triste) Valery…tu te souviens de moi ?

 

La jeune femme lui jette un regard à la dérobée. Oui, c’est lui. Son odeur est réconfortante. Mais pas son visage. Elle a peur de son visage. De ses yeux. Ne pas voir ses yeux. Ne pas voir son visage.

Spike : (amer) Non, bien sûr que non…

Le vampire pose quelque chose aux pieds de la tueuse. Celle-ci regarde l’objet qu’il y a laissé. C’est un bouquet de roses. De belles roses blanches, encore pleines de vie et de sève. Valery tend la main pour les saisir alors que son ancien amant se lève et s’approche de la porte. Il l’ouvre, doucement. Il lance un dernier regard à la tueuse blonde. Elle est toujours aussi belle. Un soupir lui échappe à nouveau.

Spike : Joyeux anniversaire, Val.

Le vampire referme la porte doucement. Valery s’approche lentement des fleurs alors qu’un bruit de clef tournant dans un verrou de fait entendre. La jeune blonde a l’habitude, maintenant : ceux qui la gardent l’enferment toujours. Non, vraiment, ce bruit ne l’intéresse pas. Mais les fleurs…De ses doigts longs et fins, Valery effleure l’un de leurs pétales.

 

De l’autre côté de la porte, Spike descend lentement l’escalier. La clef de la porte en main, il se dirige directement vers la cuisine, où Angel et Buffy sont attablés. Soupirant, le vampire se dirige directement vers la machine à café. Il déteste ça, mais après ses visites à Valery, il a toujours besoin d’un remontant, et comme le couple refuse de lui donner de l’alcool…

Angel : (boit une gorgée de son café) Comment elle est ?

Spike : (se verse une tasse) Comme d’habitude.

Angel : Au moins, ça n’empire pas…

Buffy : (étonnée) Comment, ça n’empire pas ? C’est déjà pire que pire. (tourne la tête vers Spike) Elle est totalement déconnectée de la réalité, ne reconnaît personne, même pas sa fille, et a perdu toute forme d’expression.

Spike : Il doit bien y avoir un moyen…

Buffy : Je ne suis pas médecin, Spike. Mais à ce stade, je peux te dire qu’il est très rare de voir un patient émerger.

Angel : Buffy, Valery n’est pas un patient ordinaire. Elle est très forte, elle l’a toujours été. Il doit bien y avoir un moyen de l’aider à revenir parmis nous.

Buffy : Peut-être, Angel. Mais c’est de moins en moins probable.

Spike : Écoute, jusqu’à maintenant, elle s’est sortie d’un coma, de la paraplégie, de la drogue et même de la mort, deux fois. Ce n’est pas la folie qui va l’avoir.

Buffy : En tout cas, s’il y a un moyen de la sortir de là, trouvez-le, mais trouvez-le vite. Nous chassons beaucoup moins depuis que Val est chez nous, et, quand le chat n’est pas là…

 

Crypte de Richard.

Harmony est seule à l’intérieur. Il y a du Britney Spears qui joue au maximum. La jeune vampire fait du ménage en se déhanchant sur le rythme. Soudainement, la porte s’ouvre et son sire, un peu enfumé, pénètre la pièce, suivi de près par Maude-Iris, protégée par le manteau long de son amoureux. Ce dernier ferme la porte à la volée et se dirige directement vers la radio, qu’il éteint d’un geste violent. Maude-Iris, quant à elle, retire lentement le cache-poussière et le lance à Harmony qui, docilement, va l’accrocher au porte manteau.

Richard : (en colère, à Maude-Iris) J’ai encore faillit griller à cause de toi !

Maude-Iris : (ton outré) Ne crie pas, Richard. Je déteste quand tu cries après moi. Quel exemple donnes-tu à Harmony ?

 

Richard : (essaie de rester calme) Maude-Iris, très chère Maude-Iris, ça fait des mois que nous passons nos nuits à monter sur le toit de la maison de la tueuse pour pouvoir admirer la déchéance de l’exécutrice aux yeux violets, et, à chaque matin depuis je ne sais plus quand, je manque de me faire griller.

Maude-Iris : Tant que tu ne trouveras pas le moyen de la transformer en vampire, je ne serai pas satisfaite.

Richard : (se laisse tomber dans un fauteuil) Je ne peux pas rentrer là-dedans sans autorisation, tu le sais, et elle n’en sort plus jamais.

Maude-Iris : Écoute, mon vieux, y’a plein de vampires qui seraient prêts à brûler sa maudite baraque pour mes beaux yeux.

Richard : Mais ils refuseraient probablement tous si c’était leur fesses…

Maude-Iris : Et d’ailleurs, pourquoi on n’y mettrait pas le feu ? La tueuse serait bien obligée de sortir avec toute sa progéniture…

 

Les yeux de la vampire brillèrent de convoitise à l’idée du petit corps de Thierry tremblant entre ses bras, enfant qu’elle avait à peine eu le temps d’entrevoir alors que Logan torturait sa grande sœur. Mais ses espoirs furent détruits par le ricanement cynique de son petit-ami.

Richard : Ce serait bien trop risqué. La tueuse risque de nous voir avant que l’on réussisse à mettre le feu. En plus, les sens d’Angel, l’ancien vampire, l’avertiraient de l’odeur d’essence que l’on devrait utiliser. Et même si tout se passait bien, que l’on réussissait à tuer les deux petits de Buffy, elle et Angel nous tueraient dans le temps de le dire, par pure colère. En plus, Valery risquerait de se laisser brûler en haut.

Maude-Iris : (en colère) Alors trouve une idée ! Parce que je ne vais pas supporter plus longtemps de sortir avec une larve vampirique et tu vas te retrouver tout seul avec ta petite Harmony !

Richard : (a une idée) Harmony…

Harmony : (entre dans la pièce, les regards se tournent vers elle) Quoi ?

 

Maison de Buffy et Angel.

Le jeune couple se prépare à sortir pour la première fois depuis que Valery a plongé dans la folie. L’ancien vampire est très nerveux : l’idée ne lui plaît pas du tout. Un sentiment bizarre le prend au cœur alors qu’il enfile son cache-poussière, comme un pressentiment. Mais déjà Buffy est en train de donner ses recommandations à Alex et à Doyle, les deux gardiens en chef de ce soir.

Buffy : Thierry devra être couché à dix heure, quant à Brooke et Isabelle, elles doivent être au lit dans une heure. Pas de soda, pas de chocolat, ou sinon, bonne chance pour les faire tenir dans un lit. S’ils ont faim, donnez-leur une collation légère, un fruit ou un morceau de fromage.

Alex : (claque des talons, fait un salut) Oui chef ! Bien chef !

Doyle : Tout ça, ça me va, ma grande, mais qu’est-ce qu’on fait pour la princesse enfermée dans la tour du nord ?

Angel : Elle ne devrait pas s’énerver. Donnez-lui quelque chose à manger vers neuf heure. Essayez de ne pas faire de bruit après onze heure, car, si elle se réveille, vous n’aurez aucune chance de la voir se rendormir.

 

Buffy : On ne reviendra pas tard. Il y a des chips dans l’armoire du haut et des sodas dans le réfrigérateur. Les enfants ne doivent pas y toucher. Le numéro de mon biper et du téléphone d’Angel sont dans le tiroir de la commode du salon et tous les numéros d’urgence sont sur le frigo de la cuisine.

Angel : Les enfants sont dans le salon en train de jouer. Autant ne pas dire aux petites que nous sommes partis, sinon, gare à la crise.

Doyle : Compris.

Angel : (ouvre la porte) S’il y a quoi que ce soit…

Alex : On vous appelle. C’est promis. Bonne soirée.

Buffy et Angel se font presque jeter dehors. Sur le pas de la porte, Angel réajuste son cache-poussière, puis entraîne sa compagne vers la rue. Ils passent sans dire un mot devant la maison de Valery, une maison fantôme d’où ne s’échappe plus aucun son. Après le départ de sa propriétaire, plus personne n’a voulu y vivre. Même Chris a préféré partir avec le chien. Il ne supportait pas de voir la maison aussi vide. Les murs ne lui rappelaient que l’écho des cris…

 

Maison de Willow et Tara.

Cette dernière est assise sur le plancher du salon. Cordélia, étonnamment, est avec elle, de son plein gré, et fouille dans un bouquin. Willow revient avec trois chocolats chauds. Elle s’assoit près des deux autres, leur tend les tasses encore chaudes, puis tire un bouquin aux signes étranges sur ses genoux.

Willow : C’est gentil de venir nous aider, Cordy.

Cordélia : (boit une gorgée de son chocolat) Y’a pas de quoi. Depuis que Oz est partit, je m’ennuie tellement que je pourrais faire n’importe quoi. Même des recherches.

Tara : Au fait, il revient quand ?

Cordélia : Je ne sais pas trop. Après son concert, il doit passer chez un médecin pour des examens de routine.

Tara : (soupire, tourne une page) Depuis le temps qu’on cherche, je doute que nous trouvions quelque chose.

Willow : Tara ! On n’a pas le choix, il faut continuer. Imagine que ce que nous cherchions soit dans le dernier livre que l’on prenne, dans la dernière phrase. À moins d’avoir tout lu, on ne peut pas savoir.

Cordélia : Alors pourquoi on ne commence pas par le bas de la pile et que l’on ne lit pas le bouquin à l’envers ?

Willow : Si jamais la solution était dans le premier…

Tara : (se redresse d’un coup) Je crois que j’ai quelque chose !

 

Chez Buffy et Angel.

Doyle, Thierry et Alex sont devant la télé à regarder un dessin animé. Le petit garçon semble passablement endormi. Les deux autres s’en rendent à peine compte et commentent le film.

Alex : Regarde, Doyle, je te l’avais dit : c’est une question de sélection naturelle. C’est pour ça que le gros bleu a un meilleur job que le petit vert.

Doyle : Vrai, mais c’est le vert qui a la fille.

Alex : Et on la lui laisse. L’as-tu regardé ? Elle a des serpents dans les cheveux !

Doyle : Ça lui donne un style.

Alex : Un style berk, oui..

 

Alex remarque tout à coup que la tête de Thierry a une fâcheuse tendance à pencher vers l’avant. Il jette un regard à sa montre : il est presque minuit ! Le jeune gardien saute sur ses pieds et éteint la télé.

Doyle : Hey, j’ai pas vu la fin.

Alex : Thierry, je crois qu’il serait temps que tu ailles au lit…avant que ta maman arrive, si possible.

Thierry : (se frotte les yeux) Je suis pas fatigué. Je veux voir la fin.

Alex : Je vais te laisser la cassette, tu la verras demain.

Doyle : Allez vite, la terreur, au lit !

Doyle se lève et prend Thierry dans ses bras pendant qu’Alex tente de ranger un peu le bazar qu’ils ont fait. En peu de temps, le petit garçon est bien au chaud dans son lit, déjà profondément endormi. En redescendant l’escalier, son gardien remercie le ciel que Buffy ne soit pas vraiment rentrée tôt…

 

Crypte de Richard.

Ce dernier a fait asseoir sa jeune protégée dans son fauteuil et lui explique le plan qui vient de jaillir dans son esprit. La blonde n’a pas l’air très chaude à l’idée, croise les bras et se renfonce dans son siège.

Harmony : Il n’en est pas question.

Richard : Je n’aime pas vraiment cette idée non plus, mais c’est le seul qui ne nous donne aucune possibilité d’échec.

Harmony : Pour toi, non. Pour moi, par contre, c’est du suicide !

Maude-Iris : Voyons, Harmony, ne fait pas l’enfant. On n’a pas le choix.

Richard : Harmony, ma chérie, tu es la seule qui peut aller et venir à ton aise dans la maison de la tueuse. Moi et Maude-Iris, on va attirer toute la troupe à l’extérieur. Tu n’auras plus qu’à aller chercher Valery dans sa chambre.

 

Harmony : C’est la partie « on fou le feu à la baraque et on se sauve en courant » que je n’aime pas.

Richard : C’est la seule option qui nous donne une victoire assurée. Si ils sortent Valery de la maison, elle sera accessible et l’on pourra leur prendre facilement. S’ils la laissent à l’intérieur, ou elle brûle vive et tout est fini, ou bien on la leur prend.

Harmony : Et si je brûle ?

Richard : Disons seulement que je ne te dirai pas quel avantage j’en tirerai. Quant à la tueuse, le but sera uniquement de la distraire, si elle devient trop dangereuse, on s’en va. Donc, aucun danger pour personne.

Harmony : (soupire) Et quand est-ce qu’on attaque ?

Maude-Iris : (enfile une veste, sourit, ouvre la porte) Maintenant.

 

Maison de Willow et Tara.

Cette dernière repose le livre sur ses genoux, découragée.

Tara : Oubliez. La formule ne fonctionne que sur les fous de naissance.

Willow : Ce qui prouve qu’il faut toujours regarder les petits caractères.

Cordélia : (repousse son livre, en tire un autre) On n’avance pas du tout. J’ai l’impression qu’on ne pourra rien faire pour elle.

Tara : Moi, j’ai l’impression qu’on ne cherche pas dans le bon secteur. On cherche tout pour guérir la folie, mais on devrait chercher la source de la folie.

Cordélia : Ouais, mais on ne sait pas grand chose de ce qui s’est passé.

Willow : (attrape un bouquin) Il y a peut-être…Ah, j’ai trouvé. Un moyen de communiquer avec un fou.

Tara : Ça pourrait marcher.

Willow : Il y a un hic…

Cordélia : Quoi ?

 

Willow passe le bouquin à Tara. Celle-ci lit le passage qu’elle indique, puis fronce les sourcils et dévore le reste du paragraphe. Cordélia répète sa question, mais personne n’y répond encore. La sorcière termine enfin les quelques phrases et referme violemment le bouquin.

Tara : Il n’en est pas question.

Cordélia : Mais qu’est-ce qu’il y a ?

Willow : Et bien…Pour que le sort fonctionne, il faut que quelqu’un devienne fou.

Tara : Et rendre quelqu’un fou est une entreprise très dangereuse. La personne peut rester marquée psychologiquement par ce qu’elle verra. Elle peut même en devenir…et bien, vraiment folle. Et l’on est même pas certain que ça aiderait Valery,

Cordélia : Comment ça marche ?

Willow : Ça part du fait que deux fous doivent se comprendre entre eux. En retirant la partie consciente d’une personne, on la projette dans le même monde que les autres qui l’ont perdu.

 

Cordélia : Et on fait ça comment ?

Tara : Ça marche à peu près comme quand on a redonné son âme à Angel…dans le sens inverse. On arrache littéralement la conscience de quelqu’un. C’est très dangereux.

Cordélia : Tu l’as dit tout à l’heure.

Willow : Tara, je sais que c’est dangereux, mais si c’était le seul moyen de ramener Valery parmi nous ? En comprenant le fond de sa douleur, on pourrait peut-être la détruire et la ramener ainsi avec nous.

Tara : Tu sais bien que je veux autant que toi ramener Valery parmis nous, mais je crois que risquer de perdre quelqu’un d’autre n’est pas la bonne solution.

Cordélia : Écoutez, je propose que nous prenions une décision avec le groupe. (enfile son manteau) Je vais chez Buffy et Angel. Ils allaient chasser ce soir, ils seront sûrement encore debout.

Willow : Je viens avec toi.

Tara : Je reste pour m’occuper de Catherine. Discutez-en avec eux, et on verra après.

Willow : Ok. (l’embrasse sur la joue) Bonne soirée.

Willow ramasse son manteau et sort, suivie de près par Cordy. Tara soupire en voyant tous les livres éparpillés. Et c’est pour qui, la belle séance de ménage ?

 

Maison de Buffy.

Doyle et Alex sont en train de jouer aux cartes sur la table du salon. Ils ont l’air de bien s’amuser. En fait, Alex a l’air de bien s’amuser. Doyle, lui, est littéralement en train de perdre. À l’étage, Thierry s’agite dans son lit. Des images de monstres défilent dans sa tête. Tout à coup, il se redresse dans son lit. Quel cauchemar !

Le petit garçon se glisse tranquillement hors des couvertures et pose ses pieds nus sur le plancher froid. Il sort de sa chambre et se dirige sur la pointe des pieds dans le silence de la nuit vers le couloir. Doucement, il pousse la porte, qui ne craque pas, et passe dans le couloir. Thierry marche lentement vers l’escalier et s’apprête à descendre quand il entend le rire d’Alex et les exclamations de Doyle. Son regard se porte alors sur la porte cadenassée, un peu plus loin dans le couloir. La clef est juste à côté…

 

Harmony marche dehors. Sa démarche est rapide, ses talons hauts claquent sur le pavé du cimetière. Elle aurait dû choisir ses chaussures sports, aussi…Alors qu’elle arrive près des grilles, un chien de taille assez impressionnante s’approche d’elle, toutes dents dehors, l’air menaçant. Effrayée, Harmony prend son visage vampirique et lui grogne également après. Soudain, un sifflement se fait entendre et le chien s’en va en courant. Il réapparaît bientôt, en laisse, accompagné d’un homme.

Harmony : (reprend son visage normal, sourit, incrédule) C’est ton chien ?

Spike : Plus ou moins.

Harmony : Et depuis quand t’a besoin d’une paire de crocs supplémentaires ?

Spike : Oh, lâche-moi, veux-tu ? Je m’en occupe pour une amie.

Harmony : Et comment il s’appelle ?

Spike : Hip-Hop. Pop, pour les intimes.

 

En entendant son nom, le rottweiler remue la queue. Spike lève les yeux au ciel. Harmony resserre les pans de son manteau avant de sourire d’une façon hésitante.

Harmony : En tout cas, c’est toute une bête que tu as là.

Spike : Tu parles, c’est qu’un gros toutou. Il ne fait que grogner après les vampires, mais il n’en a jamais mordu aucun. (repose son regard vers Harmony) Et toi, comment ça va ? Tu as l’air en forme…Enfin, pour quelqu’un de mort.

Harmony : Depuis quand tu te préoccupes de ma forme ?

Spike : (s’assoit sur une tombe) Bah…je manque de contacts sociaux.

Harmony : (s’assoit à côté de lui) Ouais…J’ai appris pour ta copine.

Spike : (fronce les sourcils) Non, ça n’a rien à voir. Tout le monde prend ce prétexte pour se payer des petites vacances au frais de la bouche de l’enfer. Y’a plus de combats, plus de chasses, plus rien ! (frustré) Par l’enfer, ce que je m’ennuie !

 

Harmony : Ouais, moi aussi. J’ai passé les derniers mois à me terrer avec mon sire.

Spike : (sourit) Y’a rien de mal à ça…

Harmony : Sauf quand on a une espèce de belle-mère sur le dos qui vous traite comme si vous étiez Cendrillon…Je ne peux plus la supporter !

Spike : Si j’étais toi, je la tuerais. Un pieu dans le cœur, et c’est fini.

Harmony : C’est vrai que tu en serais tout à fait capable.

Spike : Ouais. J’avais bien faillit te le faire, à toi.

Harmony : Ouais. Ça fait longtemps, hein ?

Spike : Ouais.

Harmony : Ouais…

Spike : Ouais…

 

Maison de Buffy.

Thierry entre doucement dans la chambre de Valery. Quand la jeune femme entend le battant se pousser, elle ouvre les yeux et scrute la forme qui est devant elle. L’enfant s’approche doucement de sa grande sœur, qui le regarde avec de grands yeux étonnés. Il s’assoit devant elle et la scrute longuement, dans le silence. La tueuse relève la tête et le regarde aussi, dans les yeux. Ça fait longtemps qu’elle n’a regardé personne dans les yeux. C’est étrange, de croiser un regard. Un court instant, elle sent qu’il est vraiment là. Elle le reconnaît, même. Oui, elle sait qui il est. Mais soudainement, il pose la main sur la sienne. À cette seconde, une série d’images brusques et violentes se succèdent dans son esprit. Thierry n’est plus Thierry. C’est une menace. Elle est en danger. Valery se sent attaquer. Elle doit se défendre.

Valery saute sur Thierry, qui lâche un cri. Elle le plaque au sol alors qu’il se débat et lance un second hurlement. Alors, l’ancienne tueuse lui mets ses mains sur la gorge et tente de l’étrangler. Dans sa tête, ce n’est plus Thierry qui est sous elle. C’est à la fois Damien, Logan et tous ses autres ennemis qu’elle tue de cette façon.

 

En bas, Alex et Doyle lâchent leur jeu de cartes pour se précipiter à l’étage. On entend les pleurs des deux petites, réveillées par les cris de Thierry. Doyle est le premier à atteindre la chambre. Valery, au dessus de Thierry, lui tient fermement la gorge, et le petit se débat de moins en moins. Son premier réflexe est de balancer Valery à l’autre bout de la pièce. Il l’empoigne donc par le côté et la pousse violemment. Elle roule jusqu’à heurter violemment le lit. Doyle prend Thierry dans ses bras et prend de grandes gorgées d’air, interrompues par des hoquets de frayeurs et de sanglots. Valery, voyant la porte ouverte, s’y précipite. Alors qu’elle sort de la chambre, elle fonce tout droit sur Alex, qui l’attrape fermement par le poignet. La folle se débat, frappe et réussit à lui griffer au visage. Quatre longues estafilades saignantes viennent zébrer le visage d’Alex, qui laisse échapper un cri de douleur. Valery court dans le couloir, mais est vite rattrapée par son gardien, qui, cette fois, l’attrape par la taille. Elle hurle aussi fort qu’elle le peut et tente de se défendre par tous les moyens. Alors, il ouvre une porte au hasard – la chambre de Buffy et Angel – et la précipite à l’intérieur. Ensuite, pour l’empêcher de sortir, il pousse la bibliothèque devant.

 

À l’intérieur, Valery voit rouge. Elle court en rond, frappant les murs et hurle. Puis, elle voit la fenêtre. Une fenêtre sans barreaux. La tueuse regarde ses mains. Une traînée de sang y est dessinée. La folle croit y voir son propre sang. Elle est en danger. Elle va mourir. Soudainement, une lueur de lucidité passe dans ses yeux. Sans plus de réflexion, elle balance son poing dans la fenêtre. Elle n’entend même pas le bruit du verre qui se brise, il est couvert par les pleurs des enfants. La vitre lui coupe douloureusement une bonne partie du poignet et du bras, mais la tueuse n’en a pas conscience. Elle passe par la fenêtre et se jette en bas tête première. La jeune femme tombe lourdement au sol, mais n’a rien de cassé. Son esprit ne lui cri qu’une chose : cours !

Mais alors qu’elle n’est même pas sortie du terrain, elle croise deux personnes, tenant d’étranges bâtons plein de lumière dans leurs mains. Fascinée, elle s’arrête pour mieux les observer. Elle en a oublié de courir. Le feu la fascine.

Richard : Bien, Harmony doit déjà être à l’intérieur. On devrait mettre le feu au bosquets, près de la maison. Ce sera plus facile.

Maude-Iris : Richard. Regarde.

Devant eux se tiens la tueuse blonde, dans sa chemise de nuit, les mains ensanglantés, fixant les flammes de ses yeux vides. Doucement, elle s’approche, sans faire attention à eux. Tout ce qu’elle veut, c’est le feu. Richard l’observe un instant, puis regarde Maude-Iris.

Richard : On change de plan.

 

Un peu plus tard. Angel et Buffy reviennent à la maison. Ils ont l’air détendus, voir même heureux. Leur expression change lorsqu’ils arrivent à la cuisine. Alex est assis sur une chaise, en train de faire désinfecter sa blessure par Thierry. Doyle berce doucement Brooke alors qu’Isabelle continue de hurler dans son siège. Buffy la prend rapidement dans ses bras avant de tourner un regard catastrophé à Angel.

Buffy : Qu’est-ce qui s’est passé ?

Alex : Valery a faillit tuer Thierry.

Buffy : (crie) QUOI ? ! ?

Thierry : Maman, c’était pas sa faute ! Ne la dispute pas ! J’aurais pas dû la déranger.

Doyle : Thierry s’est introduit dans sa chambre. Et vous savez comment réagit Valery quand on la touche…

Angel : Et où est-elle, maintenant ?

Alex : Je ne pouvais pas la remettre dans sa chambre, alors je l’ai enfermée dans la votre. Ne craignez rien, j’ai poussé l’étagère devant, elle ne peut vraiment pas sortir par la porte.

En un éclair, Angel s’élance dans l’escalier, atteint la porte en question, balance l’étagère de côté qui s’étale au sol avec fracas. Il ouvre la porte à la volée : la pièce est vide. Des morceaux de verre ensanglantés reposent au sol.

 

Crypte de Richard.

Il tient fermement Valery par les bras. Elle se débat, mais ne peut contrer la force du vampire. Mais dès que les crocs effleurent son cou blanc, elle se laisse tomber, comme une poupée de chiffon, et il est obligé de la retenir. Le nectar rouge afflue dans sa gorge et il le boit à longues gorgées. Le sang d’une tueuse. Cette texture épaisse, ce goût métallique…Mais bientôt, il recule la tête et la lâche. Avant qu’elle n’ait retombé au sol, le vampire laisse échapper un cri.

Richard : Maintenant !

Maude-Iris, qui attendait jusqu’alors patiemment le bon moment du rituel, enfonce alors profondément son épée dans le dos de la jeune femme. L’épée la traverse et va crever le ventre de Richard juste devant elle. Les deux blessés hurlent en même temps, sur une même note. Quand leur cri se termine, la vampire retire d’un coup sec son arme. Les deux corps tombent au sol, lourdement, dans un bruit mat. Puis, Richard se relève. Sa blessure a disparue, il semble comme neuf.

Richard : Ah, le sang des tueuses ! Je comprend maintenant cette partie du rituel…(se retourne vers Valery) tu crois qu’elle va bien ?

Valery : (d’une voix étrange) Je vais très bien.

Elle se relève lentement, dos à Maude-Iris et à Richard. Elle s’étire un peu, puis se retourne d’un coup sec. Son visage arbore les traits d’un monstre sanguinaire. Des traits de vampire.

Valery : (d’une voix sèche et cruelle) Et j’ai faim.

  À Suivre...