RENAISSANCE 53 par Juliette

 

-Entre chasseur et proie-

 

Résumé: J’aurais eu tout ce qu’il me faut pour deux épisodes, là-dedans, mais je voulais en finir! J’espère que vous comprendrez le délai entre cet épisode et le dernier.. Bon, attachez vous bien à votre chaise, je vous emmène à la chasse au vampire, à la folie, au désespoir…mais, au fait, qui chasse qui, dans cette histoire?

 

*************

 

Dernièrement dans Buffy contre les vampires…

 

Buffy : Elle est totalement déconnectée de la réalité.

 

Valery : (d’une voix étrange) Je vais très bien… Et j’ai faim.

 

Richard : Grâce à ce charme, Valery aura tous les avantages du vampire.

 

Angel : Si nous la retrouvons…Buffy la fera enfermer.

 

Valery : Et oui, Spikey, ta jolie petite Valery qui souffre et qui pleure est morte...

 

Spike : (en colère) Valery est devenue un vampire, t’es content?

 

Valery : …et tu ne lui manque même pas.

 

Doyle : Qu’est-ce qu’on fait?

 

Buffy : On lui rend son âme

 

Oz : On la ramène.

 

Chris : Il faut la tuer au plus vite.

 

Buffy : On se sépare. Faites attention.

 

La nuit est noire à celui qui ne sait pas regarder. Si vous êtes incapable de voir ce qui ce cache derrière les ombres, vous deviendrez nos proies. Nous vous voyons. Nous vous entendons. Les vampires ne se battent pas contre la nuit. Ils sont la nuit. Protégés par les ombres, ils n’affrontent que leur destin, déchirant vos veines si vous ne faites pas attention. Nous ne voyons pas l’homme. Nous voyons le repas, comme le fauve se préparant à égorger sa victime  d’un coup de mort dans la jugulaire.

 

Valery : (avant de mordre dans le cou d’une jeune femme) Amen!

 

Le générique défile…

 

Maison d’Angel et de Buffy. Cette dernière est assise dans son salon, devant une boule de Thésula, aux côté de Dawn et de Tara. Cette dernière emmène des herbes et des bouquins, qu’elle distribue. Elle n’a jamais exécuté ce genre de sortilège, c’était toujours Willow qui le faisait. Et maintenant, elle est seule. Et elle n’a pas droit à l’erreur.

 

Buffy : Tu sauras le faire?

 

Tara : (avale sa salive) J’essaierai.

 

Buffy : (plus fermement) Tara, est-ce que tu sauras le faire?

 

Tara : Oui.

 

Buffy : Alors faisons-le. Rendons-lui son âme.

 

Les trois jeunes femmes, telles trois sorcières, se mettent à incanter des choses qu’elle ne comprennent même pas en brûlant des herbes qui sentent fort mauvais, avec une seule pensée en tête : espérons que ça marche!

 

Non loin de là, sur la route, Spike entraîne son équipe vers le manoir. Il marche rapidement, et tous ont de la difficulté à suivre, seulement, il n’a qu’une idée : il faut qu’il trouve Valery avant les autres. Si Angel l’attrape avant lui, c’est est fini de la jolie tueuse aux yeux violets. Et il ne le permettra pas.

 

Willow : Spike, ralentit!

 

Spike: Désolé, rouquine, j’ai pas le temps de ralentir.

 

Giles : Spike, hum…Est-ce que, est-ce que tu as établit une stratégie, un moyen de l’attraper? Tu sais, elle sera probablement déjà très forte et nous, nous aurons probablement beaucoup de difficulté à la, à la capturer.

 

Spike : Oui, j’ai un plan. Je la trouve, je l’assomme, vous la ramassez et on la ramène au manoir. On l’enferme et on cherche.

 

Oz : Cool, comme plan.

 

Spike : (fait un signe vers le manoir) On arrive.

 

Déjà, le manoir se profile devant eux. Ils y trouveront tous le nécessaire pour leur chasse au vampire. Il est temps de sonner les cloches de deux ou trois indics…Dans la cave de la maison de Buffy et Angel. Ce dernier est en train de distribuer des armes à son équipe : pieux, croix, eau bénite, hache, épée, tout le matériel y passe. Il y aurait de quoi tenir un siège pendant des semaines.

 

Angel : Il va falloir agir vite et bien. Les potins circulent vites, dans cette ville. Si nous savons quelque chose, soyez certains que Spike le saura aussi. On fera le tour des classiques, comme Willy, mais il faudra aussi aller chercher plus loin.

 

Cordélia : (met des pieux dans ses poches) Et quand on l’aura trouvé?

 

Angel : Moi, Chris et Alex, on y va en offensive. Vous retiendrez ses amis, son sire et tout le reste de la communauté vampirique s’il y a lieu. Ne vous faites pas tuer.

 

Anya : Promis, Angel. Mais je n’aime pas qu’Alex t’accompagne. Il est fragile : il n’arrête pas de se plaindre que je lui fais des bleus quand nous…

 

Alex : …Jouons au bowling. (pressé) Bon, assez discuté, il faut y aller.

 

Ils remontent l’escalier pour sortir, ne jetant aucun regard aux filles déjà en pleine invocation occulte dans la pièce d’à côté. Et ils s’enfoncent dans la nuit. Direction : le bar de Willy l’indic.

 

Manoir. Spike entre et se dirige directement vers une énorme porte en bois. Cette porte s’ouvre sur un étroit escalier de pierre en colimaçon, sans éclairage et paraissant très dangereux. Le vampire saisit une torche de la main, puis sort un briquet de sa poche.

 

Spike : Ne vous cassez pas le cou là-dedans. (allume la torche) Quand vous serez en bas, ne restez pas plantés dans l’escalier, je n’ai pas envie qu’on se fonce tous dedans. Ça descend un bon bout de temps.

 

Willow : Et y’a quoi, en bas?

 

Spike : (sourit méchamment) Les anciens jouets d’Angélus. On trouvera tous ce dont on aura besoin là-dedans.

 

Il tend la torche à Giles, qui la saisit maladroitement et s’aventure dans l’escalier en se retenant au mur pour s’empêcher de tomber. Ses souliers parfaitement cirés résonnent sur la pierre froide qui semble trempée et particulièrement glissante.

 

Giles : Ce genre d’escalier est singulièrement dangereux…

 

Spike : Et encore, vous ne l’avez jamais descendu sur les fesses, Rupert!

 

Giles : Une expérience que je ne tiens pas à tenter.

 

Spike : Alors faites attention où vous posez les pieds. Y’a plein de truc en bas que vous ne tenez pas à toucher…à toi, Oz.

 

Oz : Ouais, pourquoi pas?

 

Il suit lentement le bibliothécaire, sentant la froideur de la pierre sous ses doigts. Ses pieds bottés ont tendance à vouloir avancer seuls sur les marches, menaçant à chaque fois de lui faire tenter l’expérience que son compagnon vampirique a si bien décrite. Ce dernier pousse maintenant Willow à suivre son ex avant de la suivre lui même, armé de son briquet qui arrive à peine à percer l’épaisse pénombre de l’endroit. 

 

Spike : Je vous avertis, la maison ne se porte pas responsable des bris et des pertes de vos membres dans cet escalier.

 

Giles : Merci de nous prévenir…

 

Giles arrive enfin au bas des marche, mais ne repère pas très bien ce qu’il y a devant lui. C’est incroyablement sombre et il n’arrive même pas à distinguer ses pieds. Prenant une pause, il essaie d’habituer sa vue à la lumière…jusqu’à ce qu’Oz lui fonce dans le dos, bientôt imité par Willow et Spike. En grommelant, ce dernier bouscule son équipe pour la faire sortir de la cage d’escalier et prend la torche des mains de Giles.

 

Spike : (cherche sur un mur) Il y avait un interrupteur, ici, quelque part…Ah!

 

Il pousse un petit bouton qui déclenche une réaction en chaîne. De puissants néons s’allument au plafond l’un après l’autre, éblouissant ceux qui sont présent dans la pièce. Même Spike, qui a pourtant une vue exceptionnelle de jour comme de nuit, a de la difficulté à s’y faire. Quand enfin les yeux de Willow s’habituent à la lumière, ils ne comprennent pas tout de suite dans quel genre d’endroit ils se trouvent.

 

Une grande table, avec des chaîne…De grosses menottes en métal, accrochées à un mur…Une demi-cage ronde, vissée au mur, dans un coin de la pièce…Et tous ces objets au mur, filets, corde, fouets, flacons divers plein de substance étrange…quelques croix, épées, haches, pieux…mais, mais ils sont…

 

Willow : C’est une salle de torture!

 

Spike : C’est ici que nous ramèneront Valery une fois que nous aurons réussit à la capturer. Prenez des armes, tous ce que vous pouvez. Willow, tu as ce qu’il faut pour la repérer?

 

Willow : J’ai laissé mon matériel à l’étage, mais…

 

Spike : Va le chercher maintenant. Oz, prend ce qu’il te faut et va chercher ton van. Giles, nous passerons à la bibliothèque ramasser votre fusil tranquillisant.

 

Giles  Vous aviez un plan, finalement…

 

Spike : Non. Je ne pense qu’à une chose : il faut la trouver avant Angel.

 

Angel : Il faut la trouver avant Spike.

 

Tout le groupe d’Angel est dans le cimetière, armés jusqu’au dents, se dirigeant vers le bar de Willy le plus rapidement possible. Le groupe n’a encore croisé aucun vampire, mais tous savent parfaitement que l’endroit en est plein et qu’ils ne tarderont pas à tenter leur chance à leur endroit…

 

Angel : S’il la trouve avant nous, on ne la reverra pas avant qu’il ne l’ai décidé.

 

Chris : Et pour l’âme, on fait quoi?

 

Angel : On se dépêche. Le sortilège gitan prend un certain temps à faire et à agir. Avec un peu de chance, Valery sera morte avant que son âme ne lui revienne.

 

Cordélia : (incertaine) Ça me fait tout drôle d’entendre ça…

 

Angel : Je sais, Cordy. Ça me fait bizarre à moi aussi. Mais on ne doit pas se laisser démonter. Ce n’est pas Valery. Ce n’est qu’un vampire. Un vampire dangereux, qu’il faut absolument éliminer.

 

Au bronze, au même moment. Debout sur une colonne de son, une jolie blonde est en train de se déhancher. Le chanteur, sur la scène, n’a d’yeux que pour elle. Sa jupe extra-courte et ses bas effilés lui donnent un air dangereux. Alors qu’il continue de pousser ses notes, il se rapproche d’elle, et lui tend la main. Elle la prend, quitte la colonne et se retrouve sur scène, allumant sous le regard de toute la foule le pauvre garçon par ses frottements et ses regards. Alors qu’il fini son morceau, la bouche pleine de la belle vient murmurer quelque chose à son oreille. Ses yeux s’agrandissent de surprise, mais il fait un signe positif à la demoiselle et la suit dans une salle à part, dans le silence. Là, elle hisse ses fesses sur la table de billard, révélant encore plus ses cuisses à peines dissimulées. Le chanteur s’approche et l’embrasse doucement, d’abord. Il est surpris de la passion dans laquelle cette femme dont il ne connaît même pas le nom répond à son baiser. Elle est déchaînée, animale même. Sa bouche se ballade près de son oreille, elle défait les premiers boutons de sa chemise et va embrasser son cou. Et puis, il y a la morsure.

 

Oh, quelle douleur! Le jeune chanteur a à peine le temps de comprendre ce qui lui arrive. Il est incapable de crier alors que la vampire le vide lentement de tout son sang. Le liquide chaud coule de long de son cou pour tomber en gouttelettes sur les jambes de sa meurtrière qui se repais de ce repas facile. Alors qu’il sombre dans l’inconscience, la bouche rougie par son sang s’approche de nouveau de son oreille.

 

Valery : Me trouves-tu toujours aussi belle?

 

Puis, le jeune garçon sent son corps glisser dans la mort, impuissant devant la fatalité. Au manoir. Toute la bande est équipée de pied en cap pour affronter Valery. Oz, à l’étage, attend patiemment que les autres reviennent, ne voulant pas risquer une autre fois ses précieuses vertèbres dans ces marches impitoyables. Il entend ses amis avancer prudemment, traînant croix, eau bénite et tout le bardas en laissant entendre plusieurs jurons, même si prononcés à voix basse, pour la plupart.

 

Spike : Hey, Rouquine, fait gaffe avec l’eau bénite!

 

Willow : Heu…désolée.

 

Giles : Ça vous dérangerais d’avancer? Je suis sérieusement à l’étroit.

 

Enfin, Spike sort de la cage d’escalier, jetant devant lui le filet dans lequel il s’est pris les pieds à plusieurs reprises. Il avise Oz du regard, qui lève la main, montrant le trousseau de clefs qu’il tient pour que Spike comprenne qu’il est bien allé chercher le van.

 

Oz : Je suis allé cherché le fusil aussi.

 

Willow : Ça doit faire bizarre. Pour toutes les fois où il a été pointé sur toi…

 

Oz : C’est un peu froid sur la paume des mains.

 

Spike : (impatient) Bon, d’accord. Je vous rappelle le plan. On la met à terre, on l’endort, on la ramène. Tout le monde a compris?

 

Giles : Oui, je crois que c’est la clarté – et la simplicité – même.

 

Spike : Les plans simples sont les meilleurs.

 

Soudain, un vacarme incroyable se fait entendre provenant de l’autre pièce, faisant sursauter tout le monde. On entend du métal s’entrechoquer et du verre se briser. Spike, saisissant une épée sur le mur, se dirige résolument vers la provenance du bruit. Il ouvre la porte d’un mouvement sec. Quand il découvre la source du bruit, un soupir lui échappe. Sur le plancher, au milieu des débris, se trouve Pop, remuant la queue d’un air coupable.

 

Spike : Espèce d’idiot.

 

Willow : (de l’autre pièce) Spike! Je crois qu’on a un problème.

 

Grange. Richard et Harmony arrivent, souriant et devisant comme jamais ils ne l’ont fait, les bras chargés de boîtes remplies de trucs divers. Alors que Richard pousse la porte d’entrée, il a un mauvais pressentiment. Quelque chose d’anormal se passe. Il entre rapidement. Personne.

 

Richard : (appelle) Maude-Iris, tu es là?

 

Harmony : (pose son carton) Val?

 

Inquiet, Richard se dirige vers l’échelle qu’il monte d’un pas un peu trop rapide. Il est inquiet. Personne à l’étage non plus. Il redescend alors qu’Harmony fait le tour de tout les meubles histoire de voir si elles ont emmené quelque chose.

 

Harmony : Rien.

 

Richard : Ces petites folles sont allé chasser. Je vais les…

 

Harmony : Les décapiter, les faire frire et les donner à manger aux chien. Je connais. Mais en attendant, il faut aller les chercher.

 

Richard : Non. C’est une mauvaise idée. Si les poursuivants de Valery te trouve, ils sauront te faire parler et ce sera très mauvais. Par contre, si je vais la chercher, ou je la trouve et je la ramène, ce qui est pour le mieux, ou ils me trouve et je leur fait perdre un temps précieux.

 

Harmony : Et si ils la retrouvent?

 

Richard : Le problème sera éliminé.

 

Harmony : Et tu ne t’en fait pas pour Maude-Iris?

 

Richard : Maude-Iris est trop intelligente pour aller se mettre les pieds dans les plats. Et même si elle se fait capturer, ça éloignera provisoirement nos poursuivants de nous, ce qui nous donnera le temps de mettre au point un plan pour nous sortir de ce bourbier.

 

Harmony : Tu es diabolique.

 

Richard : C’est ce qui fait mon charme.

 

Maison de Buffy et d’Angel. Buffy, Dawn et Tara sont toujours en train d’incanter autour de la boule de Thésulah. Tara récite la formule les yeux fermés. La sorcière est envahie d’une appréhension certaine quant à ce qu’elle est en train de faire. La magie passe bien en elle, elle sent sont pouvoir l’envahir, mais il y a quelque chose d’étrange. Comme si la magie ne faisait pas ce qu’elle devrait faire. À côté d’elle, les deux sœurs ne s’aperçoivent de rien. Buffy fait brûler des herbes et Dawn fait divers gestes rituels, sans se douter de la gravité de la situation. Un instant, Tara a envie de tout arrêter, mais elle se contient, inspire un grand coup et poursuit. Mais soudain, un cri de terreur résonne de l’étage, lui faisant totalement perdre le cours du sortilège.

 

Mary : (apparaît dans l’escalier, Brooke dans les bras) Désolée! Cauchemar…

 

La sorcière, un peu ébranlée, reprend maladroitement son sort en bégayant un peu. Quelque chose d’étrange est vraiment en train de sa passer, quelque chose qui la fait trembler intérieurement. Mais qu’est-ce que ça peut être?

 

Bronze. Valery sort de la boîte de nuit en s’essuyant discrètement la bouche. La soirée est jeune et la vampire a encore envie de s’amuser, mais le Bronze l’ennuie profondément. Il doit bien avoir autre chose à faire dans cette ville que de draguer des adolescents avant de leur picorer le cou!

 

Ses pas la mènent bientôt vers le cimetière, endroit de prédilection de divertissements vampiriques. Pour y avoir chassé souvent, Valery sait bien à quels endroits elle pourra trouver des semblables intéressants. Elle crève de pouvoir enfin tester sa force vampirique, sa nouvelle agilité et ses sens aiguisés.

 

Justement, son ouïe fine l’avertit d’une présence dans le cimetière. De plusieurs en fait. Les pas résonnent dans son esprit comme des marteaux lui frappant sur crâne. Elle ressent leur humanité au plus profond de ses chairs, leur cœurs battant contre leur poitrine. Que font donc des humains dans le cimetière à cette heure de la nuit?

 

La vampire se cache derrière une haute pierre tombale. Tapie dans son ombre, elle attend de découvrir le groupe d’imprudent qui discutent un peu trop bas pour n’être qu’en visite. Et d’ailleurs, ne connaît-elle pas ces voix?

 

Anya : Si elle est au bronze, je vous dis pas combien de gens elle aura déjà tué!

 

Alex : Ça va, Anya, on a compris.

 

Chris : Ce ne sera pas facile de l’avoir si l’endroit est bourré à craquer.

 

Alex : Les gens du Bronze en ont vu d’autre. Des trolls, des vampires, des idiots d’un mètre qui se prennent pour les maîtres du monde…

 

Doyle : Oui, mais il faut protéger les civils…des idiots qui se prennent pour les maîtres du monde?

 

Angel : D’accord, Alex et Anya, vous faites sortir tout le monde, on essayera d’isoler Valery dans un coin.

 

Valery : (à voix basse) Oh, vous n’aurez pas à vous donner cette peine…

 

La vampire se lève de derrière la pierre tombale et fait un pas en direction des chasseurs qui déjà s’éloignent. Mais alors qu’elle s’apprête à apparaître dans la clarté de la lune, elle est violemment plaquée au sol, incapable de se lever, la bouche recouverte d’une main grande et forte. Les secondes passent, un long moment durant lequel son agresseur reste très silencieux. Après quelques minutes, enfin, il se retire. Valery bondit loin de lui. Elle se jette dans l’allée ; Angel est déjà loin.

 

Richard: (regarde dans l’allée) C’est passé très près. (se retourne vers Valery) Mais qu’est-ce que tu espérais faire au juste?!?

 

Valery : D’après toi? Tu me les a fait rater!

 

Richard : (incrédule) Quoi? Je viens de te sauver la vie. Tu ne comptais pas sérieusement les attaquer?

 

Valery : Bien sûr que si! Ils ne s’attendaient pas à me voir surgir ainsi.

 

Richard : Oui, et c’est pour ça qu’ils étaient armés jusqu’aux dents…petite idiote. Tu allais faire l’erreur de tant de jeunes vampires et t’attaquer à des chasseurs expérimentés. Et tu as faillit te faire tuer.

 

Valery : Je les aurais anéantis avant qu’ils n’aient réussi à toucher le moindre de mes cheveux.

 

Richard : (il s’approche d’elle) Tes anciens amis sont agités par la haine. La haine de ce que tu es devenue, la haine de ce que tu es. (caresse une de ses mèches de cheveux) Ils te déteste, maintenant. Ils sont là pour te tuer, et ils n’auront de repos que lorsqu’il auront accompli leur dessein.

 

Valery : Richard, c’est moi qui les prend en chasse.

 

Richard : Non, princesse. Tu es la proie. Tu as cessé d’être la chasseresse au moment où ils ont découvert que tu étais une vampire.

 

Valery : Tu diras ça au type que je viens de vider.

 

Richard : Disons que tu es au centre de la chaîne, alors. Il y a chasseur, vampire et proie. Mais tant qu’il y aura chasseur, il y aura risque.

 

Valery : Je n’ai pas peur d’eux.

 

Richard : Alors tu es folle.

 

Valery : (sourit, écarte la main de Richard) Je l’étais, jusqu’à récemment. Et quelque chose me dit que c’était par ta faute. Si je ne les tues pas, c’est vrai, ils m’auront. Alors je doit me dépêcher. (elle s’éloigne)

 

Richard : (hausse les épaules) C’est ça, cours à ta perte! Mais ne vient pas pleurer quand tu te retrouveras en enfer! (elle s’arrête) Parce que l’enfer, c’est loin d’être le pied. Tu obéis, là-bas. Même si tu es un démon. Il n’y a que des âmes, là-bas, aucun divertissement, et bonne chance pour revenir ici.

 

Valery : (se retourne à moitié, amusée) Est-ce que tu craindrais pour mon avenir?

 

Richard : Ça se pourrait. L’enfer n’est pas un terrain de jeu, princesse. Et je m’en voudrais que ma plus belle créature y finisse.

 

Valery : Ta plus belle créature…

 

La vampire avance lentement de Richard, ondulante comme un serpent. D’ailleurs, pense le vampire, elle en a tout les attribut : cruelle, rampante, et surtout, n’ayant pas la langue dans la poche, Valery devient très dangereuse.

 

La vampire s’approche en jouant avec le bas de son chemisier noir qui lui couvre à peine le nombril. Elle s’amuse à le voir hausser presque imperceptiblement le sourcil. Il semble soudainement plus nerveux, plus sur ses gardes. Aurait-il peur d’elle?

 

Valery : Pourquoi m’as-tu créé, Richard?

 

Déstabilisé, le fin stratège ne sait pas trop quoi répondre. Sa création s’est arrêtée, tout sourire, pleine de sensualité et de féminité. Jamais il n’a rien vu d’aussi beau. Ses yeux violets le fixent, grand, profond, beaux et incroyablement dangereux. Secouant légèrement la tête pour se remuer les esprit, ils affronte son regard, comme il l’a toujours fait.

 

Richard : Pour toi. Pour l’arme que tu es. Pour la gloire d’avoir une tueuse pour moi.

Insatisfaite, Val fait encore quelques pas vers Richard, qui a presque l’impression de devoir reculer. Quelque chose de sauvage, d’animal, brûle au fond de la poitrine de la vampire. Encore une fois, elle s’arrête et le fixe.

 

Valery : (inspire profondément)  Pourquoi m’as-tu créée, Richard?

 

Richard : (sans se désarmer) Pour Maude-Iris. Elle voulait un jouet, quelqu’un avec qui s’amuser. Elle voulait une tueuse.

 

Cette fois, c’est au tour de Valery d’hausser un sourcil. Cette chère Maude-Iris…elle ne sait pas ce qui l’attend. Comme elle va souffrir…Le sourire s’élargit sur la bouche rouge sang de la vampire. Pourquoi ne pas commencer d’abord par Richard?

 

Avançant encore de quelques pas, l’ancienne tueuse vient doucement plaquer son corps contre celui du vampire, qui ne fait aucun mouvement pour la retenir. Elle remonte doucement les mains sur ses épaules, accompagnant son mouvement d’un subtil geste du bassin, qui n’échappe pourtant pas à Richard, au contraire. Ça lui échauffe les sens d’entendre le cœur de la vampire, pas encore morte, et de sentir la chaleur de ce corps trop peu couvert pour la nuit fraîche. Impuissant devant les évènements, il la laisse se hisser sur la pointe des pieds pour lui mordiller l’oreille, sans faire un geste. Les mains plaquées sur ses épaules, elle laisse sa tête au même endroit, jouant de son souffle chaud contre le cou froid du vampire pour l’appâter encore plus.

 

Valery : (en un souffle, près de l’oreille) Pourquoi tu m’as transformée, Richard…

 

Frustrée de ce manque de réaction du vampire, elle s’avance un peu pour lui en mordiller le lobe. Le vampire se décide enfin à plaquer ses mains sur les côtés de sa taille et les glisser sous le chemisier léger, effleurant la peau chaude de la paume de ses mains froides. L’une d’entre elle redescend sur les hanches de la femme pour mieux la plaquer contre lui. Perdant tout contrôle, il l’embrasse dans le cou, d’abord doucement,  sentant le sang pomper sous la peau en une exquise tentation. Ses mains remontent encore plus dans son dos. Plaqué contre l’ancienne tueuse, il se laisse envahir par son odeur, ses sens le dominant complètement. Il est submergé par sa douceur et continue de couvrir son cou et sa poitrine de baisers de plus en plus passionnés.  Elle, respirant à grand coup, reste hissée à son oreille.

 

Valery : Pourquoi, Richard?

 

Richard : (essoufflé) Quoi?.

 

Valery : (souffle) Pourquoi?

 

Richard : (l’embrasse dans le cou, dans un souffle) Parce que tu me rends fou…Pour moi, Valery.

 

Valery l’éloigne alors assez légèrement pour venir plaquer ses lèvres rouges, chaudes et charnues contre celles beaucoup plus froides de Richard. Leurs souffles se mélangent en un exquis cocktail embaumant les relents de sang et d’adrénaline. Les mains contre le cou du vampire, Valery tire violemment sa tête vers elle alors qu’elle aventure sa langue au-delà des frontières des dents du vampire. Une autres langue glacée vient la rencontrer, s’enroulant à la sienne, la caressant plutôt durement. Le baiser n’a rien de tendre, il est bestial, littéralement. De loin, on aurait pu croire à deux humains tentant de s’entre-dévorer, étrange spectacle un peu morbide. Compressés l’un contre l’autres, ils se disputent, se déchirent, tentant de se gagner comme on gagne un territoire.

 

Enfin, Valery repousse Richard pour faire un pas en arrière. À peine remis de sa surprise, le vampire n’a pas le temps de s’écarter alors qu’un coup du droit vient lui percuter la mâchoire. Il s’écroule à terre, assommé, et ne peut que regarder Valery lui flanquer un coup de botte dans le ventre.

 

Valery : Alors écoute-moi bien Richard : je suis peut-être entre chasseur et proie, mais je sais quoi faire pour ne plus l’être.

 

Frustrée, elle lui flanque un nouveau coup au torse, lui broyant les côtes de la pointe de sa chaussure.

 

Valery : Et sois bien attentif à ceci : tu m’as choisie, tu me désire à en crever, mais tu ne m’auras pas avant que je ne sois devenu chasseresse. Et alors, tu deviendra le petit chien qui me ramènera mes proies…si tu es chanceux. Je ne te dois aucune reconnaissance, tu n’es rien, qu’un déchet. Et si tu fais quoi que ce soit qui me déplaît, je vais raconter à Maude-Iris ce que tu viens de faire. Elle sera contente, tu crois?

 

La vampire s’éloigne de quelques pas, puis change d’avis. Elle revient vers Richard et lui flanque un dernier coup de pied dans les reins. Enfin satisfaite, elle s’éloigne en fredonnant l’air de son ancienne boîte à musique. Tenant ses côtes endolories, Richard redresse la tête pour la voir s’éloigner.

 

Richard : (avec difficulté) Ah, ce que je hais les femmes!

 

Maison de Buffy. Elle, Dawn et Tara sont en train de terminer leur incantation. La sorcière est enflammée par son sortilège : sa voix a cessé de trembler et elle débite les mots à une vitesse folle, sans même prendre le temps de respirer. Enfin, elle termine et sa tête retombe. Les regards des trois femmes se dirigent vers la boule, qui prend un éclat doré.

 

Rue. Valery marche, mais soudain, une douleur lui vrille la tête. Elle la secoue un peu pour la chasser, et le mal s’estompe tranquillement. La vampire inspire profondément, puis reprend son chemin.

 

Maison de Buffy. Les trois femmes sont toujours en train d’observer la boule. Au lieu de disparaître, cette dernière intensifie sa lumière, puis tourne au blanc, au rouge, puis au noir. Enfin, elle reprend une apparence normale. Le sort n’a pas fonctionné.

 

Buffy soupire de frustration et avance la main pour ramasser la boule. Dès qu’elle la touche, cette dernière devient opaque, puis…explose! Elle projette violemment des centaines de petits morceaux de verres acérés vers la tueuse et ses amies. Plusieurs débris viennent se planter dans le bras de Buffy, qui laisse échapper un cri de surprise et de douleur. Tara, qui a protégé ses yeux avec sa main, ne peut pas empêcher un éclat se lui transpercer la joue et le ventre de Dawn est criblé de petites éclisses.

 

Dawn : (inspire) Heu…(expire et inspire) Outch!

 

Buffy : Je crois que cela signifie qu’il est inutile d’essayer de lui rendre son âme…

 

À cet instant, on frappe à la porte. Tentant de ne pas s’écorcher les genoux sur le verre, la tueuse se relève lentement, arrachant au passage quelques morceaux de verre de sa chair ensanglantée. Laissant tomber quelques gouttes écarlates au sol, elle maugrée en ouvrant la porte.

 

Personne n’est de l’autre côté. Buffy baisse le regard pour y apercevoir un livre. Fronçant les sourcils, elle le prend de sa main pleine de sang pour en tourner les pages. Après avoir lu quelques lignes, une expression de panique se lit sur son visage. Laissant là le livre, elle s’élance dans la nuit, sans prendre garde à son bras blessé. Elle doit vite retrouver Angel. Vite…

Ce dernier arrive déjà au Bronze, flanqué de sa petite équipe. L’endroit est bondé, l’ambiance est au top. Les musiciens ont fait une pause, le temps que l’un d’entre eux, à ce qu’ils entendent, revienne d’une rencontre avec une chaude inconnue…

 

Angel : Doyle, Anya, faites sortir tout le monde. Chris et Alex, faites le tour des pièces. Ne prenez pas de risque. Cordélia, tu viens avec moi.

 

Cordélia : Et où on va?

 

Angel : Se renseigner sur cette chaude jeune fille…

 

L’actrice suit son ancien patron vers la scène alors que les autres se dispersent. Ils zigzaguent entre les corps dansant des autres clients pour enfin aller à la rencontre des musiciens, de plus en plus inquiets. Le guitariste, un jeune garçon à l’air dur, ses cheveux rouges dressés sur sa tête, empêtré dans son manteau de cuir, remarque soudain Cordélia et l’avise d’un regard admiratif.

 

Guitariste : Vous êtes Cordélia Chase? Je suis l’un de vos fan. Le plus grand, en fait. Je vous ai vu dans cette télé-série et j’ai flashé…je suis tellement heureux de vous rencontrer…

 

Cordélia : (minaude) Ça me fait plaisir aussi…Dis-moi, quel est ton nom?

 

Guitariste : Nick. Nick Carlson.

 

Cordélia : Alors, mon gentil Nick, je suis à la recherche d’une amie à moi…(pose l’index sur son torse, minaude) Tu…ne l’aurais pas aperçue, par hasard?

 

Nick : Heu…Dites-moi à quoi elle ressemble, peut-être que je pourrai…

 

Cordélia : (sourit exagérément) Hum…Tu es si gentil. Et bien, elle est à peu près de ma taille, une blonde, assez jolie – mais pas autant que moi – et elle a des yeux très spéciaux.

 

Nick : Violets?

 

Cordélia : C’est ça! Tu l’as vue?

 

Nick : (soudainement renfrogné) Si je l’ai vu? Elle est partie avec notre chanteur! Elle l’a littéralement emballé, si vous voulez savoir.

 

Cordélia : (inquiète) Ça fait longtemps?

 

Nick : Environ une heure. Depuis ce temps-là, aucune nouvelle. Et, d’après moi, on les reverra pas de la nuit. Mon agent va vouloir m’étrangler…

 

Cordélia : (se retourne vers Angel) On arrive trop tard.

 

Derrière eux, Alex s’amène, l’air grave, poussant des coudes pour s’avancer jusqu’à eux. Quand il arrive, le jeune homme se met entre Cordélia et Angel, puis s’adresse à ce dernier, à voix basse.

 

Alex : Il y a un cadavre dans la salle d’à côté. Complètement vidé de son sang.

 

Chris : (arrive derrière eux) Je ne l’ai pas trouvé.

 

Alex : On arrive trop tard…

 

Brusquement, toutes les lumières du Bronze s’éteignent en même temps. Un cri de stupeur soulève la foule, qui, soudainement, semble se regrouper. « Instinct de protection », pense Doyle…qui aurait bien envie de faire pareil.

 

Angel : Peut-être pas…

 

Une lumière s’allume soudainement au centre de la scène. Des pas se font entendrent sur l’allée de bois francs, lents, bien clair dans le silence profond du bronze. Tous les regards sont tournés vers ce bruit de pas avançant vers le centre de la pièce. Et, dans la noirceur de la nuit, ils entendent soudain une vois fredonner, bien avant qu’un visage ne se profile dans la lumière.

 

Valery : At first I was afraid,

              I was petrified…

 Keep thinking I could never live…

 

Les pas s’avancent encore jusqu’à ce qu’un visage vienne poindre dans la lumière. Il n’a rien d’humain, semble dur, les dents démesurément longues et les yeux d’une étrange couleur, un espèce de jaune très foncé, comme si leur transfert n’avait pas tout à fait réussi. Tout sourire, la créature s’avance encore, effleure de la main un rideau de perle au passage, poursuivant toujours sa chanson de sa voix chaudes aux accents suaves et enjôleurs.

 

Valery : …without you by my side…

                   But then I spent so many night…

                   Keep thinking how did me wrong…

                   And I grew strong…

 

Se plaçant en plein milieu de la scène, la vampire regarde tous les gens réunis en bas, qu’Anya et Doyle tentent de faire sortir, les dominant de toute sa hauteur. Souriante, elle croise les mains dans son dos et les regardes d’un air supérieur.

 

Valery : And I lurn how to live…alone.

 

Angel : Pitié, épargne-moi le refrain.

 

Valery : Tu n’aimes pas ma voix?

 

Angel : Je n’ai jamais été fan de Gloria Gaynor.

 

Valery : Moi non plus. Mais les paroles se marient assez bien à la situation, non?

 

Angel se garde bien de répondre, se déplaçant le plus subtilement possible pour atteindre la scène. La vampire, toujours plantée en plein milieu, le regarde faire sans broncher, ne délaissant pas son sourire insolent. Puis, elle hausse les épaules et croise les bras.

 

Nick : (à son bassiste, étonné) C’est pas la fille qui est partie avec Zack?

 

Valery : (rit) Oh, Zack, c’était donc son nom? On n’a pas eu le temps de beaucoup parler, tu vois…Quel chanteur horrible, mais quel garçon exquis…(se passe la langue sur les lèvres) Je m’en voudrais presque de ne pas en avoir profité plus.

 

Angel : (bas, à Cordélia) Dépêchez-vous de faire sortir tout le monde.

 

Valery : Oui, Cordy, fait donc sortir les civils, avant que je n’ais faim de nouveau…Au fait, Angel, n’y a-t-il pas de trous dans les rang? Pas de sorcière, pas de vampire…pas de femme? Buffy t’aurait-elle abandonnée?

 

Angel : Elle prépare quelque chose d’encore pire à ton sujet. Mais, toi aussi tu es seule. Pas de partenaires? Pas d’armes?

 

Valery : J’en suis moi-même une, Angel. Surtout contre toi. C’est dommage que les autres ne soient pas venu, même s’il me sera plus facile de vous éliminer un par un.

 

Imperturbable, Angel monte lentement sur la scène, hache de combat en main. Loin d’être effrayée, Valery éclate d’un grand rire de gorge, puis plonge son étrange regard dans celui d’Angel. La vampire et son père commencent à se tourner lentement autour, attendant l’offensive.

 

Valery : Je commencerai par ta famille, Angel. Tant de puissance dans tous ces corps de guerriers…Ce ne sera pas facile, mais, à gagner sans se battre, on triomphe sans gloire, non? (rit) Oh, mais qu’est-ce que je dis là? Ce sera certainement très facile…Thierry me laissera entrer!

 

Furieux, Angel se jette sur Valery, qui fait un saut périlleux arrière pour atterrir en bas de la scène. Elle reprend son visage humain et ses lèvres se plient pour mimer un baiser.

 

Soudainement affolée, la foule se précipite vers les portes. Tentant de contrôler l’état de panique, les amis d’Angel les aide à atteindre la porte…en essayant de ne pas se faire écraser. L’ancien vampire saute de la scène pour arriver à la hauteur de la vampire. Elle recule lentement, vers la piste de danse.

 

Valery : (coquine) Tu viens valser avec moi?

 

Sans se laisser distraire, Angel s’avance vers elle. Un silence profond envahit la pièce. Tous deux sont complètement immobiles. Soudainement, Angel tente un coup de hache à la verticale. Valery évite le coup et donne un coup de pied au-dessus de la hache pour la planter profondément dans le sol. Son genou remonte bien vite pour heurter le visage de son père, qui recule.

 

Valery : C’est vilain, d’utiliser les jouets quand ton amie n’en a pas…

 

Angel : Alors on va y aller à l’ancienne manière.

 

Il s’avance et tente un coup droit en plein visage. Valery évite en se penchant légèrement, mais ne voit pas l’autre bras venir pour la déséquilibrer. Elle tombe lourdement sur le dos et un coup de pied vient lui broyer l’estomac. Bloquant un autre coup de pied, l’ancienne tueuse attrape la jambe et roule pour se retrouver entre les deux chevilles d’Angel. Jouant des coudes, elle le met à terre à son tour. Valery se relève, bientôt imitée par son père, qui s’éloigne de quelques pas.

 

Valery : Ça y est, tu m’as mis de mauvaise humeur.

 

Angel : (sarcastique) Oh, désolé, ce n’était vraiment pas mon intention.

 

Valery : Comme ce n’était pas ton intention de faire ton égoïste et de me laisser mourir quand je venais de t’offrir ta rédemption? Comme ce n’était pas ton intention de me frapper, alors que je venais de passer des heures à me faire torturer? Ou, comme ce n’était pas ton intention de me laisser crever dans une chambre avec une fenêtre pleine de barreau? Quelles sont tes intentions, maintenant?

 

Angel : Je veux te tuer.

 

Valery : Rien que ça! En seras-tu capable, Angel? Tu as fait tellement de mal…tu as tué ton père, ta mère, ta sœur…et tu veux tuer ta fille.

 

Angel : Tu n’es pas ma fille.

 

Valery : Oh, si, je le suis. Je suis tout ce qu’elle a été. Je sais à quel point elle vous hais tous autant que vous êtes, à quel point vous lui avez fait du mal. Combien elle aurait préféré mourir que de revenir parmis vous. Ce n’est pas un vampire ou un démon qui l’a rendu folle…c’est vous!

 

Angel : C’est faux!

 

Furieux, il se jette sur elle et elle n’a pas le temps de l’éviter. Il la plaque contre un mur, lui envoie un uppercut en plein visage, puis un crochet au menton. Elle en évite un autre en se penchant et pousse son père à deux mains pour le faire reculer. L’ancienne tueuse lui flanque un coup de pied au visage, qu’il bloque. La jambe de sa fille toujours en main, il lui fait faire une rotation, brisant la rotule d’un coup sec. Un cri de douleur s’échappe de la gorge de Valery. Angel n’y fait pas attention et lui envoie un coup de coude en pleine poitrine, la faisant tomber vers l’arrière. S’asseyant sur elle, l’ancien vampire lui envoie plusieurs coups en plein visage, lui explosant le nez et la lèvre inférieure. Furieux, il ne s’arrête que sur le cri d’Alex, qui lui lance un pieu. Le recevant d’une main, il le lève sous le regard de sa fille, qui ne réagit même pas.

 

Angel : Tu sais, je crois que tu me manqueras.

 

L’ancien vampire passe près d’enfoncer son pieu dans la poitrine de son enfant, mais, à cet instant précis, quelque chose se passe en lui. Il a soudainement la certitude que ce n’est pas le vampire qu’il tue, mais bien sa fille, enfermée quelque part dans ce corps. Quelque chose dans le regard, un grain de tristesse peut-être, l’en empêche. Le poing toujours en l’air, le pieu bien serré entre ses doigts, il se perd dans les yeux violets…Il n’entend même pas la porte du Bronze voler en éclat ni les pas précipités s’avançant vers lui. Il sent très bien par contre le corps le percuter de plein fouet, le faisant perdre sa prise et libérant Valery. Lui et son agresseur roulent l’un sur l’autre jusqu’à ce qu’il lui bloque les poignets au-dessus de la tête. Son regard se pose sur l’investigateur de cette agression. Mais…mais c’est…

 

Angel : Buffy? Qu’est-ce que tu fais là?

 

Buffy : Angel, il faut absolument que je te dise quelque chose.

 

Angel : (regarde le bras de sa femme) Mais tu saignes? Est-ce que c’est moi qui…

 

Buffy : Non, c’est l’Opération : Thésulah qui a mal fonctionné…

 

Cordélia : Angel, attention!

 

Derrière lui, Valery a ramassé le pieu qu’il a laissé tombé et, aveuglée par le sang, se dirige vers lui. Alors qu’elle va le lui planter dans le dos, elle est elle aussi interceptée par un corps qui lui saute dessus et la renverse, mais pas humain. Il la renverse au sol, puis…lui lèche le visage. C’est un chien! Alors qu’elle essaie de s’en débarrasser, la vampire sent quelque chose lui piquer le bras. Puis, tout devient noir.

 

Plus tard. Valery reprend doucement conscience. Elle est toutes courbaturée, ses côtes lui font un mal de chien, sans parler de son genou. Tout ça guérira bien vite, mais pour l’instant, c’est vraiment inconfortable…Surtout que sa couche n’a rien d’un matelas moelleux comme elle en a connu. Ça ressemble plutôt à un plancher, froid et humide…du ciment, quelque chose comme ça…Des voix lui proviennent, pas loin, ça lui écorche les oreilles. Elle entend néanmoins des bribes de conversations…Les yeux fermé, elle tente de se concentrer sur ces voix.

 

Angel : Où as-tu eu ce livre, Buffy?

 

Buffy : Je te l’ai dit, il est littéralement apparu sur le pas de la porte. Et la page qui parlait du seul demi-vampire qui ait jamais retourné du mauvais côté était cornée.

 

Angel : C’est un peu gros, tu ne trouves pas?

 

Buffy : Giles va nous dire si ça peut servir. (soupire) De toute façon, on y perd rien : on ne peut pas, visiblement, lui rendre son âme, alors tu pourras toujours la tuer. (d’un ton méchant) Enfin, si tu tiens toujours à le faire.

 

Angel : Pourquoi tu m’agresses?

 

Buffy : Parce que je ne suis pas d’accord avec toi. (soupire de frustration) Isabelle…je l’adore, ne te méprend pas, mais…ce n’est pas notre fille. Et elle m’a appelé Maman, à plus d’une reprise. Et ça me fait froid dans le dos. J’ai l’impression de la voler à Valery.

 

Angel : C’est ça qui t’a fait changé d’avis? Juste ça, un mot dans la bouche d’un enfant de trois ans?

 

Du bruit dans l’escalier de pierre empêche Buffy de répliquer, mais le ton presque condescendant d’Angel l’a mis en rogne. Spike et Giles viennent de débarquer, armés du livre.

 

Giles : Il y a là-dedans beaucoup plus de choses que vous ne le croyiez au départ. On y trouve non seulement beaucoup de renseignement sur les vampires et les demi-vampires en général et sur la façon de les faire…comment dire…mal tourner, mais aussi le moyen d’inverser la situation.

 

Angel : (s’approche, les bras croisés) Comment?

 

Giles : Et bien, il suffit de faire à l’envers ce que l’investigateur de cette opération a faites : affaiblir le vampire jusqu’à l’en rendre inconscient et donner un choc à l’humain pour lui faire reprendre le dessus.

 

Buffy : Qu’est-ce que vous voulez dire par « un choc à l’humain » ?

 

Giles : Je n’en sais rien, exactement, Buffy. (tourne une page, s’éclaircit la gorge) Pour faire ressurgir un vampire, il faut le mordre, faire surgir son sang, et ensuite lui infliger une grande douleur, partagée avec un vampire plus puissant, si possible. Pour un humain, il est simplement dit que, si l’on trouve le moyen de donner à notre…hum…victime un choc assez fort pour faire revenir sa partie humaine, elle n’aura qu’un vague souvenir des heures de tortures qui auront nécessité l’Opération, et qu’il est inutile d’essayer d’endormir l’esprit d’un vampire avec la torture mentale, que seul le mener au bord de la mort aura un effet…hum…rentable.

 

Spike : Génial. Je résume : on torture Val jusqu’à ce qu’elle manque d’en crever et ensuite on lui secoue l’intérieur à grand coup d’on ne sait quoi en priant pour qu’elle revienne, plus folle que jamais.

 

Buffy : Je déteste quand tu résumes.

 

Spike : Chochotte, va…

 

Angel : Je monte réunir le groupe. (jette un œil à Valery) Surveillez-la pendant ce temps-là.

 

Giles : Je vous accompagne.

 

Spike : (ironique) Soyez prudent dans l’escalier, Rupert…

 

Tandis que l’observateur lui envoie un regard mi-ennuyé mi-anxieux, Spike se tire une chaise face à Valery, qui garde obstinément les yeux clos. Buffy, quant à elle, se hisse sur la table au centre de la pièce et le regarde d’un air perturbé.

 

Buffy : Oh, au fait, Angel est trop nerveux – et peut-être trop orgueilleux, aussi – pour le faire, mais je tiens à te remercier de lui avoir sauvé la vie.

 

Spike : Ouais, on avait un doute sur le fait que le sort de Willow fonctionnerait sur un demi-vampire, alors on a préféré utiliser le flair de Pop.

 

Buffy : Il avait l’air content de voir Valery.

 

Spike : Ouais. (pensif, tire un paquet de cigarette) Il ne s’est pas comporté avec elle comme il le fait avec les vampires, habituellement. Habituellement, il leur grogne au moins après. (ouvre le paquet) Mais là…

 

Le vampire s’en allume une et la porte distraitement à ses lèvres. Lui et Buffy gardent le silence un moment, sans lâcher Valery du coin de l’œil. Ça fait des heures qu’elle est dans le cirage. Elle n’a pas bougé d’un poil depuis qu’ils l’ont – aussi bien que mal – emmené ici, dans la cage où elle repose depuis ce temps. Elle a l’air d’une petite fille endormie, ainsi étendue. La parfaite figure de l’innocence.

 

Une voix leur provient d’en haut. Cordélia les appelles au salon, tous. Buffy saut en bas de la table et se dirige d’un pas las jusqu’à l’escalier. Spike, sans trop savoir pourquoi, la saisit par le bras. Elle se retourne lentement vers lui, les yeux pleins d’interrogation.

 

Spike : Heu…je sais qu’entre toi et Angel, ça va…

 

Buffy : Plutôt mal. Et?

 

Spike : (maladroit) Je voulais…je tiens à te dire que…

 

Buffy : (sourit doucement) J’ai compris. Merci.

 

Spike : Bon, on devrait remonter avant que Monsieur Rédemption ne décide qu’il en a assez de l’humanité…

 

Tous deux montent l’escalier lentement et se dirigent au salon en silence. Là, tout le gang est réuni. La tension est à trancher au couteau, dans la grande pièce. Les regards s’évitent, fixant la pierre froide qui les entoure. Buffy s’avance et vient s’asseoir près de Willow. Spike reste près de l’escalier, un peu en retrait.

 

Angel : Bon…Giles vous a tous déjà fait le topo de ce qui va se passer en bas. Je crois que tout le groupe n’est pas nécessaire pour…ça. Il n’y aura que Spike et moi, en bas. Tout le monde est d’accord?

 

Des hochements de têtes proviennent de çà et là et aucun murmure de protestation ne vient secouer le silence. Tous sont trop heureux de se sauver de cette nouvelle épreuve qui risque d’être fortement éprouvante.

 

Angel : Il faudra que quelqu’un surveille la porte en haut de l’escalier et toutes les sorties du manoir, au cas où elle voudrait sortir…ou qu’un vampire voudrait entrer.

 

Chris : À part ça, y’a des chips dans l’armoire et des cocas dans le frigo. Désolé de n’avoir rien de plus consistant, mais c’est ça ou de l’hémoglobine.

 

Buffy : Heu, je crois que lorsqu’elle sortira de son vampirisme, il faudra procéder à un autre sortilège…Willow, Tara, on aura besoin de vous pour…vous savez.

 

Willow : (après un silence) Heu, Buffy, je l’ai fait une fois, et je ne sais pas si j’aurai l’énergie de…

 

Tara : Ça ira. Viens, Willow, allons chercher ce qu’il nous faut.

 

Angel : Bon…On va descendre.

 

Spike : (toussote) Heu, Angel, on aura besoin d’eau bouillante et de feu aussi…

 

Cordélia : De l’eau et du feu? Pourquoi faire?

 

Spike : Tiens-tu vraiment à le savoir?

 

Cordy baisse le nez et fixe ses chaussures. Spike n’est pas plus fier et sort de la pièce en se dirigeant vers l’entrée où il a laissé son manteau. Fouillant dans une des poches, il y trouve son briquet. Un bac de métal servira de foyer pour le feu. Anya est déjà dans la cuisine avec Alex pour faire bouillir de l’eau.

 

Oz : Cordélia et moi, on prendra le premier quart à la porte de l’escalier.

 

Giles : Heu…parfait. Vous m’excuserai, mais je crois que je vais monter étudier ce livre sur le procédé.

 

Doyle : Et moi, je reste ici avec Chris.

 

Anya : (revient avec l’eau bouillante, tend le plat à Angel) Tiens. Ne brûle pas trop sa peau, sinon, ça fera des cloques et ça laissera des marques.

 

Cordélia : Merci, Anya, j’avais besoin d’entendre ça.

 

Alex : Anya…Va donc appeler la gardienne, s’il-te-plaît.

 

Anya : Oui, je vais faire ça…histoire de savoir qu’ils ne sont pas mort.

 

Chris : Je devrais peut-être retourner là-bas avec Mary, pour lui donner un coup de main.

 

Cordélia : Bonne idée, avec tous ces petits monstres, ça ne doit pas être facile.

 

Chris sort de la pièce en se traînant un peu les pieds. Il aurait été incapable d’entendre Valery crier, toute à sa souffrance. Il se sent lâche, il a l’impression de l’abandonner. Mais le pauvre garçon n’a pas le choix.

 

À l’intérieur, Cordélia et Oz escortent Angel et Spike jusqu’à la porte. Équipés du sceau d’eau bouillante, du bac de métal, de bois et du briquet, le grand-père et le petit-fils échangent un regard. Ils doivent oublier ce qu’ils vont faire, être là sans y être vraiment. Ce ne sera facile pour personne. Mais s’ils veulent la ramener, ils doivent le faire.

 

Arrivés en bas, tous deux soupirent, puis fixent la forme recroquevillée dans la cage, enfin réveillée. Angel le regarde, les yeux tristes, puis pose l’eau au sol et son visage se ferme. Il attrape une dague sur le mur et la cogne contre les barreaux de la prison de sa fille, qui gémit.

 

Angel : Allez, Valery…c’est l’heure de se lever.

 

Puis, Spike s’avance avec les clefs de la cage. En haut. Assis de chaque côtés de la porte, Cordy et Oz gardent le silence. La vedette glisse un regard sur son mari,  hésitante. Depuis qu’il est revenu qu’elle attend, son anxiété s’en va grandissante d’après le mutisme de son conjoint.

 

Cordélia : Oz…Je sais que le moment est mal choisit…

 

Oz : Pas maintenant, Cordy.

 

Cordélia : Il va bien falloir que tu me le dises un jour, de toute façon. (après un moment) J’avais raison, n’est-ce pas?

 

Oz : Oui.

 

Cordélia : (insatisfaite) Qu’est-ce que le Dr.Custer a dit?

 

Oz : Je suis stérile, Cordélia. Il n’y a rien à faire. Tu n’auras jamais d’enfant de moi.

 

Une larme coule sur la joue de la star du cinéma. Des mois qu’ils essayent…En regardant les enfants de Buffy, Cordélia en devenait déprimée, tellement désireuse d’être mère. Et maintenant, le nouvelle lui tombe dessus, comme ça. Voyant son trouble, Oz s’approche et la prend dans ses bras, puis se confond en excuse.

 

Oz : (d’une voix réconfortante) Ça va aller…tu verras.

 

Un hurlement strident vient interrompre son concert de bonne parole. Un cri provenant du fin fond des entrailles, un cri de douleur pure. Les mains de Cordy se crispent sur la chemise de son mari et un tremblement la secoue. Toujours rassurant, Oz continue de lui passer une main dans le dos, doucement. Tout ira bien…

 

Dans le salon, Anya est sur les genoux d’Alex, la tête nichée dans son cou. Elle a besoin de lui, aujourd’hui. Et Alex aussi a besoin d’elle. Ils sont en train de torturer un membre du groupe en bas, et non seulement ils ne peuvent rien y faire, mais ils doivent les laisser faire. Les cris redoublent et l’imagination du charpentier s’emballe : il voit Valery, baignant dans son sang, les yeux embués de larmes, hurlant à la mort. Alex serre sa femme à l’étouffer, et elle voudrait tellement le laisser faire. S’endormir, là…ne plus rien entendre.

 

Dawn, dans une autre pièce, s’approche avec hésitation du téléphone. Lentement, elle le décroche et compose un numéro, cette fois avec plus d’assurance. Elle ferme les yeux alors qu’un nouveau cri lui vrille les tympans. Une vois décroche enfin.

 

Lucas : Allô?

 

Dawn : Lucas! C’est moi…

 

Lucas : (inquiet) Dawn…ça va? Tu as l’air…perturbée.

 

Dawn : Oui, heu…j’avais besoin de t’appeler.

 

Lucas : Qu’est-ce qui se passe?

 

Dawn : J’ai un problème…familial.

 

Lucas : C’est Buffy? Ou Angel?

 

Dawn : Non, non, ils vont bien…

 

Lucas : D’accord…Je peux faire quelque chose?

 

Dawn : Non…si. Pour moi. Parle-moi, s’il-te-plaît.

 

Dawn se tire une chaise près du téléphone et bouche le récepteur lorsqu’un nouveau cri retentit. Doyle, assis dans la cuisine, a posé un plat de chips et un coca sur la table. Il n’a pas l’intention d’y toucher. Depuis qu’Angel et Spike sont descendus en bas qu’il est assaillit de vision à lui briser le crâne. Il finira le plat d’aspirine avant la fin de la journée…car après chaque nouveau cri, une nouvelle image de Valery vient hanter son esprit. Le vampire et son grand-père savent s’y prendre : il l’ont brûlé aux endroits les plus sensibles, enfoncé des lames dans ses chairs, frappé, giflé, cogné. Chacun de ses doigts ont été vaillamment brisés, l’un après l’autre. Angel se mettra bientôt aux orteils…

 

Dans une autre pièce adjacente. Willow est en train de préparer le sortilège qu’il faudra lancer. Elle tressaille à chaque nouveau cri. Elle finira par laisser tomber cette allumette et mettre le feu à la maison…Tara, un peu plus loin, lui donne les indications, tentant de se détacher de tous ces hurlements. Et Buffy, comme absente, regarde par la fenêtre, triste, mais sans une larme. À chaque cri, elle ferme les yeux et sursaute, serrant les poings. Son mari est en train de torturer une jeune fille, en bas.

 

Giles, en haut, froisse une page en entendant un nouveau cri. Il pense à Jenny. L’observateur n’a jamais eu le courage – ni le front – de demander à l’époux de Buffy comme il s’y était pris pour la tuer. Avait-elle souffert? L’avait-il fait crier comme il fait crier Valery, au sous-sol? Tous ça le désarçonne.

 

Puis, soudain, vient le silence. Cordélia et Oz se regardent, interdits. Anya descend des genoux d’Alex, qui dirige son regard vers l’allée qui mène à l’escalier. Dawn détourne la tête du téléphone. Doyle décolle sa tête de la table. Willow souffle son allumette, attendant le prochain cris. Tara lève les yeux de son livre et regarde son amante, espérant en silence. Buffy se relève un peu, se lève lentement. Giles pose son bouquin et ouvre la porte, sortant la tête à l’extérieur.

 

Des pas, dans les escaliers. Des pas qui remontent, assez rapidement. Enfin, Angel ouvre la porte, manquant d’assommer Oz au passage, l’air alerte. Pas l’air épuisé ni découragé que Cordélia lui imaginait. L’adrénaline a l’air de lui battre dans les veines.

 

Oz : Alors, comment ça s’est passé?

 

Angel : Pour nous ou pour elle?

 

Oz : Question intéressante…

 

Cordélia : Je ne veux pas le savoir. Qu’est-ce qu’on fait maintenant?

 

Angel : Manque plus que le choc.

 

Oz : Ce qui répond à ma question.

 

Cordélia : Bon, et bien, reste à redescendre (fait un geste vers l’escalier) et…

 

Angel : Non! (bloque la porte du bras) Ne descend pas. Spike n’a pas fini de…le ménage.

 

Spike : (arrive en haut) Oui, j’ai fini.

 

Angel : Bon, tout le monde en bas. Il faut trouver quoi faire.

 

Rue, le soir. Richard, frustré, sort de son nouveau chez-lui en maugréant, Harmony sur les talons. Il marche d’un pas rapide que la jeune vampire a de la difficulté à suivre. Son sire a l’air plus qu’en colère et inquiet : il y a quelque chose dans son regard…comme quelqu’un qui regarde sa maison brûler.

 

Richard : Elles ne sont pas rentrées, ni l’une, ni l’autre!

 

Harmony : Tu crois qu’elles sont…en danger?

 

Richard : Oui, je crois qu’elles sont en danger.

 

Il tourne le coin et se met à courir. Le pauvre est vraiment inquiet. Les deux sottes sont probablement quelque part dans la maison de la tueuse. Le vampire ne sait même pas si elles ne sont pas déjà en poussière. Déjà, il tourne sur Revello drive, ne sachant même pas ce qu’il va y faire. Là, il s’approche de la maison, sans même se cacher un tant soi peu, et regarde à l’intérieur par une fenêtre. Rien d’intéressant. Chris l’idiot et une jeune fille à l’air timide se regardent sans se regarder, en surveillant à moitié des petits qui n’en ont rien à faire. Ils s’envoient des regards à la dérobée, sans s’adresser un mot. Soudainement, la timide semble s’énerver.

 

Mary : Thierry et Catherine, vous pouvez surveiller les deux autres? Je dois parler à Chris.

 

Thierry : Ok.

 

Mary : Et pas trop de bruit, Ryan dort à l’étage.

 

Mary se lève et tire Chris par le bras. Aussitôt qu’ils sont partis, Thierry se tourne vers Catherine.

 

Thierry : Je te parie deux bonbons qu’ils s’en vont se crier dessus et que Ryan sera réveillé dans cinq minute.

 

Catherine : Pari tenu.

 

Richard se déplace vers la cuisine où Mary emmène Chris. Ça sent l’orage, tout à coup, dans la pièce…La jeune fille lâche le bras de son ami et s’en va au fond de la pièce, puis enlève ses lunette. Elle a l’air vraiment en rogne quand elle se retourne vers lui.

 

Mary : Bon, je sais que ce n’est pas dans mes habitudes, mais j’ai vraiment le goût de piquer une crise de nerfs. (Chris veut dire quelque chose, elle lève le doigt) Non! Ne m’interromps pas, s’il-te-plaît. Bon, je ne suis pas idiote, je sais qu’au départ je n’étais qu’une bonne amie et à la limite un copine de transition. Mais maintenant, je veux qu’on s’explique.

 

Chris : Mary, ce n’est pas vraiment le moment…

 

Mary : Si, c’est le moment! Je ne sais jamais comment agir avec toi, parfois, tu es câlin, d’autres, plus amical…

 

Chris : (soupir d’énervement) Qu’est-ce que tu veux, au juste?

 

Mary : Dis-moi si tu m’aimes, Chris. Sans chichi, sans blabla.

 

Chris : Mais enfin…(baisse le ton) Mary, j’ai une amie qui est en train de se faire torturer par son père au manoir, tu crois vraiment que c’est le moment d’une scène?

 

Mary : Justement, est-ce que c’est juste une amie? Est-ce que tu as encore le béguin pour elle? (Chris lève les yeux au ciel, elle prend un ton triste) J’ai besoin de savoir. J’en ai marre.

 

Chris veut dire quelque chose, mais son portable sonne. Il jette un œil à Mary qui croise les bras avant de décrocher, sous le regard inquisiteur de cette dernière. Le jeune homme bredouille deux ou trois mots avant de raccrocher, l’air un peu inquiet.

 

Mary : Qu’est-ce qui se passe?

 

Chris : Je dois y aller.

 

Mary : Cette conversation n’est pas finie.

 

Chris : Je sais.

 

Il sort et se dirige droit vers le salon. Quelques minutes plus tard, il sort, transportant un petit paquet bien habillé pour la nuit froide. Isabelle doit se rendre d’urgence au manoir. C’est tout ce qu’ils lui ont dit. Mais Chris ne se rend pas compte, alors qu’il prend la voiture de son amie, qu’il est suivi par deux vampires qui ne le perdent pas de vue.

 

Quand il arrive au manoir, c’est Tara qui l’accueille, avec un air non pas grave, mais plutôt énervé, les yeux grands ouverts malgré l’heure avancée. Elle le guide vers l’escalier, bébé gigotant toujours dans les bras, puis le guide tant bien que mal dans l’escalier aux milles périls. Arrivé en bas, il est étonné de voir tout le groupe, et encore plus de s’apercevoir que Spike est assis sur une chaise avec un gros œil au beurre noir et Angel avec une longue estafilade sur le long de la joue. Dans un coin de sa cage, tenant ses côtes, Valery les fixe plus ou moins, les yeux dans le vague. Son visage est tout balafré, ses doigts ne sont pas dans le sens où ils devraient être et sa jambe a un drôle d’angle. Chris se rappelle que sa rotule était brisée déjà quand ils l’ont descendue, mais quand même, elle n’a pas l’air brillante. Buffy remarque son air ahuri et sourit malgré elle.

 

Buffy : Oui, hum…on a essayé plusieurs choses avant de t’appeler.

 

Chris : Comme quoi?

 

Cordélia : Et bien, Giles a débité toutes sortes d’horreur sur la mère de Valery et sur les tueuses en général.

 

Buffy : Je n’y ai pas assisté.

 

Doyle : Et puis, il y est allé sur les guides. C’était pas joli.

 

Willow : Mais ça l’a fait rire…c’était pas vraiment l’effet espéré, alors on lui a littéralement crié dessus. J’ai fait apparaître une apparition de sa mère…

 

Tara : Là, on a eu une légère réaction. Comme un tremblement de son regard.

 

Giles : C’est probablement le mot juste. Elle a flanché quelques secondes. Nous en avons déduit que nous avancions.

 

Alex : On s’est dit que c’était la famille qui touchait le plus Valery.

 

Anya : Alors Angel et Spike se sont mis à se taper dessus. Et pas à moitié. C’est pour ça que Spike a l’œil de la même couleur qu’un raisin laissé au soleil pendant trois jours.

 

Spike : Merci de la description, Anya, c’est réconfortant.

 

Angel : Mais ça n’a pas marché, en fait, ça a dû stimuler le vampire.

 

Chris : (regarde plus attentivement le visage d’Angel, que Dawn est en train de soigner) Ouf…il ne t’a pas raté.

 

Angel : Oh, ça? Heu…ce n’est pas Spike qui me l’a fait, c’est même avant qu’on se batte…

 

Valery : Il a glissé sur le planché et s’est coupé le joue sur le rebord de la table!

 

La vampire se met à rire, rire qui se transforme vite en gémissement de douleur. La pauvre se laisse tomber sur le côté, allongée dans ses souillures, et ferme les yeux. La souffrance est insupportable. Elle la sent qui la vrille, non seulement le corps, mais l’esprit. Le mal la fait se déconcentrer. Mais la vampire doit s’accrocher. Elle le doit. Richard va venir la chercher. Il ne peut faire autrement. Et, malgré tout le mal qu’elle lui a fait, Valery place toute sa confiance en lui. Il la délivrera avant que ses détenteurs la fasse mourir au bout de ses forces.

 

Chris : Oui, mais Isabelle, là-dedans?

 

Giles : Et bien, on a pensé que, comme c’est la seule famille…(regard vers Angel)…officielle qui lui reste, elle pourrait aider.

 

Chris : J’avais deviné. Ma question est : qu’est-ce que vous voulez faire d’elle?

 

Tout le monde se regarde, incertain. Dehors. Richard arrive au manoir, un peu en retard. Il regarde autour : il semble n’y avoir personne. La voiture de Valery est bien en place devant. Richard sort de sa cachette et s’avance vers la porte – Harmony lui a dit qu’ils pourraient rentrer sans autorisation – d’un pas résolu. Quand il pose la main sur la poignée, une autre l’attrape par le bras et le tire violemment en arrière.

 

Richard : Mais qu’est-ce que…Maude-Iris?!? Mais qu’est-ce que tu fais là.

 

Maude-Iris : (à voix basse) Je me fais bronzer, tiens!

 

La jeune Vampire sourit en voyant l’air ahuri de son amant. Peut-être lui serait-il resté fidèle, après tout. D’ailleurs, il l’attrape brutalement et l’embrasse avec fureur, la pressant contre lui à l’étouffer (si elle respirait, naturellement). Celui-là, d’habitude si calme est posé, avait la peur au ventre, on dirait. Puis, il s’éloigne d’elle et la secoue, enragé.

 

Richard : (lui crie après) Où étais-tu? J’ai mis cette foutue ville à l’envers pour te retrouver, j’ai cogné sur tout ce que j’ai trouvé, t’a saisit! (la gifle) Ne refais plus jamais ça! Tu m’as compris? Jamais!

 

Maude-Iris : (éclate de rire) Seigneur, pas de problème, Caporal. Demande permission de m’expliquer.

 

Richard : (se calme) Accordé.

 

Maude-Iris : Je suis allée chasser et je me suis fait prendre par le soleil. Point.

 

Richard : Qu’est-ce que tu fais ici?

 

Maude-Iris : J’ai vu des amis de la tueuse prendre l’air dans le coin. Je voulais savoir ce qui se tramait là-dedans.

 

Richard : Et qu’est-ce qui se passe?

 

Maude-Iris : Ils ont capturé Valery. À ce que j’ai compris, ils l’ont torturé et…

 

Richard : Ils ont trouvé le livre.

 

Maude-Iris : Quoi?

 

Richard : Ils ont trouvé le livre, je te dis! La torture, et maintenant, la petite fille, c’est le choc! Tout se met en place? Mais comment ont-il pu…

 

Maude-Iris sourit intérieurement. Flash! Maude-Iris se relevant de terre. Maude-Iris prenant le livre dans un tiroir. Maude-Iris arrivant sur le palier des Summers, sonnant à la porte, puis repartant en courant. Fin des flashs. Maude-Iris pose les yeux sur Richard.

 

Richard : Je dois la sortir de là.

 

Maude-Iris : Tu ne peux pas. Richard, si tu rentres là-dedans, sans plan, sans aucune stratégie, tu te feras tuer. Et moi avec. Ils sont tous là. Il est peut-être déjà trop tard. (tourne le visage de Richard vers elle) Écoute-moi. Tu m’as, et tu as Harmony, aussi. Tu as toujours eu des plans à tout casser pour tout, Richard, tu es brillant, tu te débrouilles bien. Ne vas pas tout foutre en l’air pour elle, ou tu te perdras toi-même.

 

Richard : (après un long silence) Tu as raison.

 

Harmony : (arrive derrière eux) On part?

 

Richard : Oui. On rentre à la maison.

 

Les trois vampires s’en vont, bas-dessus, bras-dessous, loin du manoir. Richard tente de faire un croix sur Valery, sans y parvenir totalement. Elle lui a échappé. C’est un cuisant échec. Un nuage noir se glisse soudain dans son esprit. Ce sera le dernier. Il tuera la tueuse. Il tuera Angel. Mais surtout, et plus que tout, il tuera Spike. Et il le fera lentement.

À l’intérieur. Cordélia est en train de déshabiller Isabelle, dans un coin. La petite commençais à avoir chaud. Tous les autres réfléchissent, plus ou moins silencieusement, à ce qu’ils doivent en faire. Les regards glissent de la petite à sa mère, en train de sombrer de nouveau dans l’inconscience.

 

Alex : Est-ce que je suis assez clair quand je dis que notre plan s’arrêtait là?

 

Oz : C’est la fatalité.

 

Spike : Ah, je sens qu’on brûle pourtant…

 

Dawn : Je ne voudrais pas passer pour la méchante du groupe, mais…Écoutez, on a passé la journée à tout tenter. Mais peut-être qu’on ne peut pas. Peut-être que c’est fini.

 

Willow : Non. C’est impossible…le livre…

 

Dawn : Tu as vu des résultats, toi? Non. Valery est au même stade que lorsqu’elle est arrivée ici…en plus amochée.

 

Angel : Ne recommencez pas à vous chamaillez. On a tous décidé qu’il y avait une possibilité…

 

Dawn : Une possibilité, Angel.

 

Anya : On pourrait la battre.

 

Tous les regards se tournent vers l’ancienne démone, qui ne se sent pas en sécurité, tout à coup. Même Alex la regarde d’un air choqué.

 

Dawn : Quoi?

 

Anya : Battre Isabelle. Valery ne laisserais jamais faire une chose pareille. C’est la seule option qu’il nous reste.

 

Buffy : Voyons, Anya, pense aux conséquences…On ne peut pas battre Isabelle. On ne peut juste pas. Personne ici ne le pourrait.

 

Anya : Je sais. Mais il fallait que je montre que la limite est humaine. On pourrait le faire.

 

La limite est humaine. Ces mots résonnent dans la tête de Spike. Humaine. D’un pas résolu, il se dirige vers Cordélia et lui prend la petite fille grouillante des bras. Étonnée, la star se lève et tente de le retenir.

 

Cordélia : Spike, que fais-tu?

 

Spike : (ton sombre) À situation désespérée, solution désespérée…

 

Il s’avance vers la cage, le bébé toujours serré contre lui. Willow veut intervenir, mais Giles lève la main pour l’en empêcher. Il n’a aucune idée de ce que le vampire va faire, mais son intuition lui dit de le laisser aller. Quelque chose va se passer, il en est persuadé. Valery, dans sa cage, l’observe d’un œil chancelant.

 

Spike : (tend Isabelle vers la cage, d’un ton dur) Regarde, Valery! Regarde-la bien. C’est ta fille, c’est Isabelle. (donne un coup de pied dans la cage) Regarde-la, Valery!

 

Valery : (garde les yeux ouvert avec difficulté, un rictus sur le visage) Oui, et alors?

 

Spike inspire profondément et, d’un mouvement de la tête, prend son apparence vampire. Soudainement, tout le monde comprend ce qu’il va faire. Quelqu’un cri dans la pièce, mais personne n’a le temps d’intervenir. D’un mouvement brusque et rapide, il enfonce violemment ses crocs aiguisés dans la peau tendre et fragile de la petite fille. Immédiatement, elle se met à hurler de douleur, sentant son sang couler le long de son cou. Le liquide rouge et épais gicle dans la gorge du vampire , emplissant sa bouche et pénétrant tout son corps. Une sensation de bien-être l’envahit. Lui qui s’était promis de ne pas vraiment boire, il avale à grandes lampées, sans pouvoir s’en empêcher. Dawn court vers lui et l’attrape par le bras pour tenter de le retenir. Ill l’envoie valser au sol d’un coup d’épaule. La vampire ne se contrôle plus : le sang d’Isabelle, c’est du sang de tueuse concentré. Ça l’étourdit, ça le consume, ça le brûle de l’intérieur, il en veut plus, toujours plus. Plus rien n’existe, que lui et l’enfant, que ses crocs contre la chair, que les cris du bébé, le goût métallique du sang sur sa langue. Puis, sans qu’il ne le voit venir, on lui enlève la petite et on lui flanque un énorme coup au visage qui le fait tomber à terre. Le vampire n’arrive pas à savoir si le sang qu’il a au visage et celui de l’enfant ou bien le sien, et ça prend un moment avant qu’il ne reprenne pleinement conscience d’où il est, de ce qu’il y fait. Puis, il se rend compte qu’Angel et Chris le tiennent à terre.

 

Spike : Ça va, vous pouvez me lâcher.

 

Chris : (lui hurle après) Non, mais t’es malade! T’aurais pu la tuer!

 

Alex : (pointe la cage) Regardez!

 

Dans la cage, Valery s’est recroquevillée sur elle-même. Les yeux ronds comme des billes, elle fixe le vide et se balance d’avant en arrière, de plus en plus vite. Ses lèvres remuent, mais rien ne sort de sa bouche. On dirait qu’elle projette le silence. Puis, un son d’abord doux se fait entendre, qui se change bientôt en hurlement. La tueuse se frappe le dos et la tête de plus en plus fort sur les barreaux de la cage. Les barres de métal vibrent sous les coup, ce qui tourne bien vite en un vacarme infernal.

 

Chris : (cri par-dessus le bruit) Elle va se fracasser le crâne!

 

Juste comme tous se préparent à la sortir de là, elle s’écroule au sol, molle, inanimée. Le silence se fait dans la pièce et les enveloppe tous de nouveau. Lentement, Angel s’approche de la cage, les clefs en mains. Un léger grincement, puis le verrou cède et le battant s’ouvre avec un crissement. Le père s’accroupit lentement près du corps meurtri de sa fille. Sa grande main s’aventure vers l’épaule nue de la jeune femme. À peine l’a-t-il touché qu’elle ouvre les yeux soudainement, le repousse et va se réfugier vers le fond de la cage, apeurée comme jamais. Angel se relève, soupire et se passe la main dans les cheveux.

 

Willow : Angel, moi et Tara, nous pouvons l’aider. Laisse-nous faire.

 

Angel : (soupire de découragement) D’accord. Allez-y.

 

Quelques minutes plus tard, Valery est hissée tant bien que mal dans la pièce du haut, droguée et profondément endormie. Puis, les sorcières mettent tout le monde dehors. De toute façon, plus personne ou presque n’est capable de se tenir sur ses jambes. Seul Spike a l’air d’avoir soudainement une hausse d’énergie formidable et décide d’aller patrouiller. Il a besoin de s’apaiser l’esprit, tout à coup, besoin de réfléchir. Alex et Anya prennent la voiture pour aller chercher leur fils chez Buffy et rentrer dormir au plus vite. Surtout, quitter le manoir. Dawn est partie depuis longtemps avec Isabelle pour lui faire une transfusion. Elle est probablement déjà dans son lit…Cordélia et Oz ont emprunté la voiture de Valery pour rentrer chez eux, raccompagnant Giles. Le silence pèse, dans la décapotable…au moins, pour une fois, le ciel est dégagé. Alors qu’Angel s’apprête à prendre la route de son chez-lui, Buffy le retient par le bras.

 

Buffy : Angel, attend…

 

Angel : (se retourne) Ah, Buffy. Écoute, je voulais te dire…tu avais raison. Je suis désolé.

 

Buffy : (ton un peu sec) D’accord.

 

Angel : (un peu étonné) Je viens de te faire des excuses.

 

Buffy : Je sais, mais…enfin, tu m’as beaucoup déçu.

 

Angel : Je sais bien, mais c’est fini, maintenant…Tu as vécu des moments difficiles, j’en ai vécu aussi, nous sommes tous à bout. Rien n’est facile. Je sais que je n’ai pas fait ce qu’il fallait, que j’ai mal réagi. Je t’ai blessé, j’en suis conscient, et ça me fait mal, peut-être même plus qu’à toi. Je n’ai qu’une envie, c’est de rentrer chez moi, de m’étendre sur mon lit et de m’endormir en sentant ma femme contre moi.

 

Buffy : Angel…écoute, j’ai reçu un appel de mon père. Il est à Boston et il voudrait que j’y aille. Je crois que je devrais le faire. Je veux que les enfants connaissent leur grand-père. J’emmènerai Isabelle aussi, ça lui fera du bien. De ton côté, il faudra bien que tu t’occupes de Valery…

 

Angel : (la coupe) Combien de temps.

 

Buffy : Je n’en sais rien. Deux semaines, un mois…jusqu’à la rentrée des enfants, même. J’ai besoin de temps pour moi, je veux réfléchir.

 

Angel : (en colère) Alors va-t-en.

 

Buffy, rendue malheureuse par la colère d’Angel, se dirige lentement vers la porte. Avant de la franchir, elle se retourne vers son mari qui s’est tourné vers une table, dans un coin. Elle soupire et le regarde, les yeux pleins de larmes.

 

Buffy : Je t’aime.

 

La tueuse attend une réponse…qui ne vient pas. Baissant la tête, elle sort du manoir. Marcher lui fera du bien. Angel, dans la pièce, entend les pas de sa femme s’éloigner. Fou de rage, il renverse la table qui se brise en plusieurs morceaux. À ce moment, Doyle entre dans la pièce et avise la situation.

 

Doyle : Ouais, j’aime la nouvelle décoration.

 

Angel : (se retourne violemment et empoigne Doyle par la chemise) Dis-moi où je peux trouver un oracle.

 

Doyle : Hey, du calme, il arrive trois heures du matin et tu n’es pas en état…

 

Angel : Je suis parfaitement capable de rencontrer un oracle. Montre-moi. (plus fort) Maintenant!

 

En haut, dans la chambre. Valery est couchée par terre, au milieu d’un cercle tracé à la craie. Ce n’est pas obligatoire dans la formule, mais ça peut l’aider à canaliser son énergie. Près d’elle, Willow se prépare à débuter le sort. Après une vive discussion, il a été décidé que ce serait Tara, cette fois, qui serait envoûtée. Sa petite-amie se met donc à incanter alors qu’une brise se lève de nouveau, comme la première fois. Elle reprend la formule, mot à mot, que Tara a utilisé la première fois. Cette dernière serre les poings : une vive douleur la prend à la tête. Le vent se soulève et devient plus sec et plus violent. Un grondement de tonnerre remplit les oreilles des sorcières, puis, une éclair vient heurter Tara, qui pousse un incroyable hurlement de douleur. Puis, tout devient noir.

 

Dans la forêt. Doyle a l’air particulièrement nerveux. Il tient une poche d’herbes dans ses mains. Angel, sur ses talons, affiche une colère plus grande qu’il ne l’a jamais vu. Ça lui fais presque peur. Arrivés devant un grand arbre, Doyle s’arrête raide (et Angel lui fonce dedans) , puis regarde la lune. D’un geste, il déverse le contenue de sa poche sur le tronc.

 

Angel : Ces herbes vont servir à ouvrir la porte?

 

Doyle : Non, à l’assaisonner. (devant l’air assassin d’Angel) Je plaisante! Bon, tu connais le principe : tu entres, tu dis ce que tu as à dire, tu sors.

 

Angel : Bon.

 

Doyle : Oh! Attend, t’a pensé à l’offrande?

 

Angel :Argh! (fouille dans ses poches) Je n’ai rien.

 

Doyle : Ton porte-feuille! T’a une vieille carte d’identité?

 

Angel : Heu, oui…

 

Doyle : Ça fera l’affaire. Crois-moi. Vas-y.

 

La porte s’ouvre. Angel s’y engouffre avec lenteur, un peu effrayé malgré tout. La pièce est complètement noire, sombre. L’air est froid sur la peau de l’ancien vampire. Une immense lumière se tient au fond de la pièce, sans forme particulière. Angel a de la peine à la regarder. Soudainement, la lumière se met à parler.

 

Lumière : Comment oses-tu venir troubler mon repos, mortel?

 

Angel : (se couvre les yeux de la main) Vous êtes un oracle?

 

Lumière : Oh, oui. Quelle offrande m’as-tu apporté?

 

L’homme prend son ancien permis de conduire et le lance à la lumière, qui « l’attrape ». Puis, le petit morceau de plastique disparaît, comme absorbé. La lumière garde le silence un moment.

 

Lumière : Oh, l’identité. Quel merveilleux cadeau me fais-tu là. À moi de t’en faire un.

 

La lumière se fond en elle-même, puis prend l’apparence d’une magnifique femme, une femme comme Angel n’en a jamais vu. La peau blanche, les lèvres rouges, les cheveux blonds et le corps svelte, elle le fixe sans sourire.

 

Angel : (plus fermement) Êtes-vous bien un oracle.

 

Lumière : Je suis Lyda. Je suis ce que vous cherchez.

 

Angel : Qu’êtes-vous.

 

Lyda : Je suis la vie de votre fille. Je suis son passé, son présent…et son futur. Je suis elle, je suis sa fille, je suis son frère, sa mère et son père.

 

Angel : Ah oui? Alors vous devez être sacrément amochée. Parce qu’aujourd’hui, ma fille s’est fait torturer, provoquer, insulter. Elle est morte deux fois, ses parents ont été tués, elle a été blessée tout au long de son enfance…

 

Lyda : Je sais tout ça. Je dois avouer que son destin a été  changé. Elle devait mourir il y a bien longtemps, mais un vampire du nom de Spike a contrecarrer son destin en demandant de la réanimer. Maintenant, sa destinée est…à la dérive.

 

Angel : Je veux que vous l’aidiez. Je suis venu vous voir parce que je sais que vous pouvez faire que tout cela n’arrive plus jamais.

 

Lyda : Ce n’est pas si simple.

 

Angel : Ça l’est pour vous. Elle ne vit plus. Elle subit et elle souffre. Écoutez, elle en a fait beaucoup pour moi : elle m’a aidé à combattre les neuf vampires, puis s’est fait volé sa mémoire. Elle a pris l’identité de Crystal et on l’a retrouvé. Après cela, elle a hérité de l’avenir de sa mère et s’est fait tué. Je suis certain que vous ne voulez pas la retrouver pendue à une poutre parce que sa destinée était trop lourde.

 

Un silence suit cette déclaration. Lyda avance vers Angel et le scrute de ses grands yeux verts. Ce sont des yeux étranges, d’un vert clair et pur, comme l’émeraude. Un instant, la dame semble sonder son âme, puis inspire profondément.

 

Lyda : Je vous aiderai. Je ferai en sorte de faire vivre à Valery une renaissance, lui donner l’occasion de prendre un nouveau départ. Je lui enverrai quelqu’un pour l’y aider…

 

Et, avant qu’Angel n’ait le temps de dire ouf, il est déjà expulsé de l’arbre. Sauf que cette fois, l’espoir tente de se tracer une place dans son cœur…

 

Manoir. Tara ouvre les yeux. Au départ, tout ce qu’elle voit, c’est Willow qui la regarde bizarrement. L’image est comme embuée, irréelle. La sorcière comprend que ce n’est plus la réalité. Elle est folle. Complètement. Probablement qu’elle n’est même pas là, près de Willow. Probablement qu’elle est réfugiée dans un coin, comme Valery, apeurée et tremblante. Justement, la jeune fille est juste devant elle.

 

Prenant une grande inspiration, Tara s’avance vers la forme qui murmure des phrases incompréhensible. Soudainement, le monde bascule. Elle n’est plus au manoir. Willow n’est plus près d’elle. Un vent emporte les murs de pierres et le décor plutôt rustique, puis le remplace par un autre endroit. L’air devient froid, glacé même, et le silence est total. La sorcière n’entend absolument plus rien. Puis, une chanson, claire et douce, vient troubler l’air. Une petit air pour enfant, un carillon de boîte à musique. L’air continue en boucle sans jamais s’arrêter.

 

Tara avance vers la musique. Elle n’entend même pas le bruit de ses pas sur le plancher qui lui gèle les pieds. Elle avance, suivant l’air tristounet, un peu mélancolique. Elle connaît cet endroit…oui, elle y est déjà venu plus d’une fois. C’est la maison de Valery.

 

Dès qu’elle fait sa constatation, une forme apparaît à sa droite. Il s’agît d’une mère berçant son enfant. Tara s’approche d’eux et s’accroupit à leurs côtés. À sa grande surprise, ce n’est pas une mère et son enfant, mais bien Valery, pleurant à chaude larme, berçant une petite fille. Un instant, la sorcière croit que c’est Isabelle. Mais quelque chose dans le regard, dans la forme du visage…non, ce n’est pas Isabelle. C’est toujours Valery, alors qu’elle n’était qu’une petite fille, se faisant bercer par elle-même. Tara se relève lentement, les fixant d’un air affligée, ne sachant ni quoi dire, ni quoi faire. La musique se fait plus forte dans ses oreilles.

 

La magicienne poursuit donc sa quête, suivant toujours l’air qui joue de plus en plus fort. Elle est soudain retenue par quelque chose. Quelqu’un lui tire le bas de son chandail. Une petite fille. Tara s’accroupit de nouveau pour se mettre à sa hauteur. L’horreur se dépeint sur son visage : c’est toujours Valery petite fille, ses deux violets crevés et lacérés, ne laissant plus place qu’à deux boursouflures rouge vif et dégoulinantes de sang. Puis, la petite se met à parler. Elle est enfant, et pourtant, elle a la voix d’elle même adulte. C’est très étrange.

 

Petite Valery : (chuchote à l’oreille de Tara) Je ne veux plus les voir…

 

Tara : Qui ça?

 

La petite Valery, chancelante, prend Tara par la main. Au travers de ce corridor long et froid, elle avance sans repères, et pourtant, certaine d’où elle va. La musique augmente au fur et à mesure qu’elles progressent vers une porte…La petite s’arrête devant. Le battant est en verre, pourtant, il semble n’y avoir rien au travers. Le vide total.

 

Petite Valery : Il y a les murs qui chantent et le lit qui pleure…

 

Sans faire attention à ce que raconte la petite, Tara pousse le battant. Elle ne voit qu’un lit, vide, et rien d’autre. Puis, soudain, une femme apparaît sur le lit, puis disparaît immédiatement. La sorcière s’approche pour mieux voir. En arrière, la petite Valery hurle et recule alors que le battant se ferme devant elle. La femme revient de nouveau sur le lit, les mains prises dans ses cheveux blonds. Elle y reste, débattante, comme retenue contre son gré, des sanglots plein la voit. Le lit qui pleure…

 

  Cette fois, ce sont ses vêtements qui disparaissent. Son corps devient nu, ses cicatrices saignantes exposées aux regards. Figée, incapable de faire quoi que ce soit, Tara la regarde se débattre. Les vêtements réapparaissent pour couvrir la femme. La lumière semble baisser dans la pièce. Les ombres semblent se rapprocher…elles chantonnent l’air de la boîte à musique. Les murs qui chantent…

 

Les ombres se rapprochent du lit et empoignent la femme par les bras. Elle se débat de plus belle, effrayée comme jamais. Ses vêtements disparaissent de nouveau. La femme hurle de plus en plus. Tara peut ressentir sa douleur au plus profond de son esprit. Une troisième ombre s’approche d’elle et la recouvre entièrement, bougeant sur elle. La sorcière peut la sentir pénétrer son corps et rompre ses chairs, faisant gicler le sang. Puis, les ombres prennent formes et Tara a un haut-le-cœur. La femme se redresse pour hurler. Ses cheveux se poussent enfin de son visage. C’est Valery, en train de se faire violer par son père adoptif, retenu par Angel et Spike. C’est probablement ce qu’elle a eu en vision avant de devenir complètement folle.

 

Puis, soudain, Spike se retourne vers la sorcière, qui rencontre son regard bleu glacier, aussi froid que l’air. Elle ne voit plus rien d’autre. Ce regard, ces deux yeux affreux qui la fige sur place. Valery a-t-elle vu ce regard alors qu’elle se faisait prendre aussi violemment? A-t-elle associé ce regard à l’horreur qui l’envahi?

 

Tara n’en peut plus. Elle se jette sur l’homme en train de violer son amie. À peine l’a-t-elle approchée qu’elle est rejetée violemment contre un mur. Derrière le battant, elle entend crier la petite Valery aveugle. Puis, elle réalise

 

Tout est dans le regard.

 

Elle court vers la porte et l’ouvre avec force, puis s’élance dans le couloir. La petite Valery aveugle tente de s’interposer, criant qu’elle ne veut rien voir, mais Tara la repousse sans même s’en rendre compte. Elle arrive aux deux Valery qui se bercent toujours. Puis, la sorcière se penche au-dessus d’elle.

 

Tara : Valery, il va falloir que tu m’écoutes très très attentivement. Je sais que maintenant tu peux m’entendre, je suis dans ton monde. Écoute, tout cela, ce n’est pas la réalité. C’est un monde que tu t’es créé, un monde de souffrance. Et il y a un autre monde, avec tous tes amis, tous ceux que tu aime. Avec Isabelle. Tu te rappelles Isabelle?

 

Valery : (lève la tête, d’une voix usée) Isabelle…Je l’ai cherché…elle est morte…ils l’ont tué…

 

Tara : Non, elle n’est pas morte. Tu peux la voir. Viens avec moi. Il faut juste que tu aides une femme à aller mieux. Elle est dans la chambre, elle a mal. Aide-la, et tu verras Isabelle.

 

La sorcière tend la main à cette petite chose effrayée qui fut jadis une grande tueuse. Celle-ci, lentement, tend la main vers cette femme. Qui est-ce? Elle la connaît…non, elle l’a connu…avant…Cette femme qui la guide maintenant à travers le couloir. Non, il faut arrêter. La petite fille aux yeux crevés crient trop. Et puis, des gens qu’elle ne connaît pas l’attrape et la font reculer. Tara, elle, y voit Damien, Drusilla et bien d’autres qui tentent de les empêcher d’avancer.

 

Tara : (à Valery) Bats-toi! Prouve-moi que tu peux le faire, et Isabelle sera près de toi.

 

Malgré tout, la sorcière doit la tirer pour la faire avancer jusqu’à la porte de verre. Un choc lui traverse le bras alors qu’elle pose la main dessus, mais elle trouve le courage de la pousser. Le spectacle que la magicienne y trouve l’afflige : tous les ennemis de Valery sont là, la regardant en train de se faire violer. Du sang, sur les murs, écrit en grosses lettres « aidez-moi ». Tara sent la Valery qu’elle tient par la main reculer, mais elle la retient. Elle pointe la femme du lit.

 

Tara : Toi seule peut l’aider. Elle est la proie de tous ceux là (fait un mouvement vers les spectateurs). Chasse-les. Aide-la. (plus fort) Chasse-les!

 

Un hurlement de la Valery du lit fait sursauter l’autre. Des images se précipitent dans son esprit…Isabelle…elle lui manque tellement. Ses petites mains, ses beaux grands yeux, ses cheveux blonds, si doux…Sa petite fille, sa seule vraie famille. Criant de rage, elle s’élance vers le lit et se jette sur son père adoptif. D’un mouvement, elle lui brise le cou. Puis, la tueuse se jette sur Spike et le cogne contre le mur jusqu’à ce que son crâne se fende et qu’il tombe, raide, au sol. Le regard dément, la tueuse se rue sur Angel qui se laisse agripper et briser les reins sans même dire un mot. Puis, son corps lourds tombe au sol et disparaît, comme tous les autres.

 

Enfin apaisée, Valery se regarde elle-même, étendue sur le lit, souillée du ventre à l’âme, salie par la vie. Elle s’avance vers elle et monte lentement sur le lit, hésitante. Son genoux se pose sur le matelas, et la tête de sa semblable se relève et la regarde un instant. Le regard violet affronte le regard violet, et des larmes naissent dans leurs yeux. La pauvre femme nue se laisse enlacer et consoler par son image identique, accueillant enfin un peu de chaleur au fond de son cœur. Les deux petites s’avancent également, doucement, et montent sur le lit à leur tour. En un étrange tableau, les quatre Valery s’étreignent et se consolent l’une l’autre.

 

Tara ferme les yeux.

 

Quand elle les ouvre, Willow est juste devant elle, un air inquiet sur le visage. Cela fait trop longtemps que la sorcière hurle toute seule, se débat dans un coin, se parle à elle-même. La rouquine n’a rien compris de ce que sa petite-amie marmonnait entre ses dents. Mais soudain, elle a semblé se calmer, s’apaiser, même…

 

Tara prend une grande respiration, suffocante de tout ce qu’elle a vu. Tant d’horreur dans une même personne, c’est intolérable. Les yeux pleins d’eaux, son regard dévie vers sa compagne de vie et elle retient un sanglot.

 

Un bruit derrière les deux sorcières les fait se retourner. Valery s’est relevé. Debout, droite comme jamais, les yeux grands comme des billes, elle regarde partout, nerveusement. L’air remplit soudainement ses poumons et la tueuse se laisse tomber au sol, à quatre patte. Un spasme l’agite et elle vomit, trempant le sol d’une immense flaque rouge, vidant son estomac comme elle ne l’a jamais vidé. Une nouvelle inspiration est suivi d’une nouvelle vague de déjections qui se répandent avec un bruit répugnant. Tout ce qu’elle a vécu semble sortir d’elle, s’éjecter de son corps et de sa bouche, toutes les tortures et tout le mal s’évacue enfin d’elle. Elle vomit encore et toujours, se retournant les entrailles sur le plancher et effaçant les traces du sort des sorcières qui la regarde, impuissante devant sa souffrance.

Puis, la jeune femme ouvre grands les yeux. Elle est de retour dans ce monde si hostile, ce monde qui lui a déjà fait tant de mal, le cœur brisé, le corps en charpie et l’âme déchirée. Lentement, Valery s’allonge dans ses souillures, ses cheveux blonds se salissants de ce sang foncé, et se recroqueville sur elle-même, comme pour se protéger du monde.

 

Puis, troublant à peine le silence de la nuit, on pu entendre, enfin, une tueuse pleurer.

 

À suivre...